Les conditions du juge selon l’école Shafi’ite

Les conditions pour acquérir le poste de juge d’après l’épitre de l’imam Abû Shujâ’, que Dieu lui accorde sa miséricorde :

1- L’islam
Un non musulman ne peut être un juge dans un pays musulman. En effet, le juge jouit d’un pouvoir de « wilaya ‘amma » : la gouvernance général. Cette position donne au juge le pouvoir de tutelle sur des musulmans, ce qui n’est admissible que pour un musulman.

2- La puberté
Un enfant ne peut être juge.

3- La raison
La fonction de juge est réservée aux personnes raisonnables et à la pensée saine. Un fou ou toute personne atteinte d’une incapacité mentale ne peut être nommé juge.

4- La liberté
Les esclaves sont exclus des personnes habilités à être juge. En effet, l’esclavage est contradictoire avec les pouvoirs de la magistrature. En répondant aux ordres de son maître, l’esclave ne peut plus assurer ses fonctions de juge. De plus, l’esclave est juridiquement envisagé comme ayant un patrimoine restreint, il ne pourra pas avoir une gouvernance générale sur l’ensemble de la communauté.
Etant donné que l’esclavage n’existe plus, cette condition devient formelle.

5- Qu’il soit un homme

6- La piété (‘adala)
Une personne dont la piété a été critiqué ne peut être juge.
Cette notion est toujours adoptée dans les divers états contemporains. Il est décidé que les criminels sont dépourvus de certains droits, surtout le droit à la fonction publique.

7- La maîtrise de la jurisprudence du Coran et de la Sunna
Le juge doit avoir la maîtrise parfaite de la jurisprudence du Coran et de la Sunna afin qu’il puisse statuer sur les problématiques posées. Acquérir la maîtrise ne se fait point par la lecture de quelques ouvrages généraux, mais s’acquiert suite à une étude profonde des hadiths prescriptifs et de l’exégèse des versets prescriptifs (ayat al ahkam).
Il n’est pas obligatoire d’apprendre les hadiths par cœur, mais de les comprendre et de les analyser d’après une méthodologie scientifique correcte. Rappelons que les hadiths prescriptifs sont les hadiths liés au fiqh, cela exclut les hadith qui sont de l’ordre du conseil, de la purification et du comportement. Il en est de même pour les versets prescriptifs.

8- La maîtrise du consensus (l’ijma’).
En traitant les actions en justice, le juge doit toujours respecter le consensus des savants sur toute question qui a déjà été tranchée et étudiée. Cela nécessite de maîtriser la science des divergences entre les savants.

9- La maîtrise des divergences entre les savants.
La maîtrise de la divergence des savants nécessite de savoir les opinions sur toute question posée, de leurs arguments et de leur divergence.
Notons que ces trois derniers critères déterminent la base scientifique que le juge doit avoir afin d’être habilité à juger.

10- La maîtrise des moyens de l’ijtihad
La maîtrise des des savoirs et des connaissances, nommés outils d’ijtihad, sont indispensables au juge afin de tirer les statuts juridiques d’après les textes. On y trouve en premier lieu la science des fondements de la jurisprudence et celle de la logique. Ces connaissances sont indispensables pour comprendre les textes et d’élaborer des jugements cohérents.

11- La maîtrise de la langue arabe
Cette condition est indispensable pour avoir l’habilitation de juger. Maîtriser l’arabe signifie maîtriser les sciences linguistiques comme la grammaire, la conjugaison, la rhétorique …. Notons qu’on compte 16 sciences au sein de la langue arabe.
Cette condition ne peut point être dépassé en prétendant que la maîtrise d’une autre langue est suffisante. Tout au long de l’histoire islamique, les diverses populations non arabes ont eu une infinité de savants musulmans. Personne ne prétend que la maîtrise de la langue maternelle élimine cette condition. Par contre, on s’aperçoit qu’ils ont maîtrisé l’arabe et sont devenus des grands linguistes et cette condition persiste toujours car les traductions sont le résultat d’un effort humain et sont toujours sujettes aux lacunes. Par exemple : la traduction du Coran en français est l’objet de plusieurs critiques et remarques.

12- La maîtrise de la science de l’exégèse du Coran
La sciences de l’exégèse du Coran nécessite que le juge maîtrise les fondements de l’exégèse. Les règles adoptées par les exégètes dans leurs ouvrages afin d’analyser les textes en déterminant la façon de les traiter surtout lors de la présence d’une contradiction apparente ou d’une diversité de statuts.

13- Qu’il soit oyant
Un sourd ne peut point être nommé comme juge car il doit entendre les arguments des plaideurs.

14- Qu’il soit voyant
Le juge doit être clairvoyant vu qu’il a besoin de statuer et de consulter les faits, les choses et les preuves matérielles.

15- Qu’il maîtrise l’écriture
Cette condition fait l’objet de divergence dans l’école.

16- Qu’il soit éveillé ou attentif.
Un idiot, un imbécile, un sot … ne peut jamais être un juge.

Conclusion:
Il est Dommage de trouver des gens qui ne sont même pas qualifiés pour diriger la prière et qui se réclame être des juges et statuer sur les problèmes des gens, enseigner les sciences sur les réseaux sociaux ou même prétendre être des imams moujtahid. Pire encore, certains ne connaissent même pas l’arabe et se réclame être de ce degré.

Que Dieu nous guide.

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par Dr. Abû Zakariyya al-Hussaynî Posté dans Non classé

Les moyens de résoudre la contradiction apparente des arguments

Dans la jurisprudence, les arguments détaillés font parfois l’objet d’une apparente contradiction. Or, l’extraction des statuts juridiques dépend souvent de la résolution de celle-ci.
Ainsi, a-t-on eu besoin de la méthodologie nommée  » al jam’u wa-al-tarjih » qui signifie le rassemblement et la pondération. Ceci explique pourquoi les savants spécialistes de la science de fondements de la jurisprudence présentent le chapitre de  » la contradiction et la pondération  » juste après celui des arguments généraux.
De plus, les arguments détaillés peuvent être soutenus par des preuves qui les ramène au niveau du qat’i al dalala (Péremptoire au niveau argumentaire). Dans ce cas, l’argument ne sera plus parmi les cas précités de la contradiction.

Les méthodes de résolution de contradiction sont au nombre de trois:
Le rassemblement
La pondération
L’abrogation

Les formes du rassemblement sont innombrables. Par exemple: le premier texte peut être général tandis que le second est particulier alors, le texte particulier limite la portée générale de l’autre.

De même, les formes de prépondérances sont nombreuses, voire illimitées, comme l’a affirmé l’imam al Subqi dans son ouvrage  » Jam’ al-Jawâmi’ « .

Tandis que l’abrogation est déterminée par la détermination de la date de chaque texte, le texte antérieur est abrogé par le texte postérieur.

Les règles de tarawih selon l’école Shafi’ite

Les règles de tarawih selon l’école Shafi’ite :
1) Son temps s’étend de l’icha jusqu’au fajr. Donc, celui qui prie avant le ‘icha il ne fait que nafila.
2) Il est recommandé de la prier en 20 rak’a en groupe, et la prier à la mosquée est plus recommandé.
3) Elle se fait en prières de 2 rak’a chacune, séparées par une salutation (taslim).
4) L’intention doit être « le qiyam du Ramadan » ou « tarawih du Ramadan ». Si elle se fait en groupe, le dirigé doit avoir l’intention de suivre l’imam, sinon sa prière est invalide. De même, l’imam doit avoir l’intention de diriger la prière, sinon il n’aura pas la récompense de la prière en groupe.
5) La sunna de ‘icha est plus recommandée que la prière de tarawîh. En conséquence, c’est mieux pour celui qui arrive en retard de faire la sunna de ‘icha avant de faire les tarawîh.

Le nombre de rak’a de tarawih

Quelqu’un parmi les quatre écoles a-t-il interdit de dépasser 11 rak’a lors de la prière de tarawih?

L’imam al Nawawi de l’école shafi’ite a cité les opinions des savants sur le nombre des rak’a de tarawih en disant ce qui suit:

مَذْهَبُنَا أَنَّهَا عِشْرُونَ رَكْعَةً بِعَشْرِ تَسْلِيمَاتٍ غَيْرَ الْوِتْرِ وَذَلِكَ خَمْسُ تَرْوِيحَاتٍ وَالتَّرْوِيحَةُ أَرْبَعُ رَكَعَاتٍ بِتَسْلِيمَتَيْنِ هَذَا مَذْهَبُنَا وَبِهِ قَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ وَأَحْمَدُ وَدَاوُد وَغَيْرُهُمْ وَنَقَلَهُ الْقَاضِي عِيَاضٌ عَنْ جُمْهُورِ الْعُلَمَاءِ وَحُكِيَ أن الاسود بن مزيد كَانَ يَقُومُ بِأَرْبَعِينَ رَكْعَةً وَيُوتِرُ بِسَبْعٍ وَقَالَ مالك التراويح تسع ترويحات وهى ستة وَثَلَاثُونَ رَكْعَةً غَيْرَ الْوِتْرِ

 » Pour notre école [shafi’ite], la prière de tarawih est qu’elle est 20 rak’a, avec 10 salutations (les rak’ates sont faites deux à deux), autre que le witr, c’est cinq tarwihate (pauses) dont chacune est pour quatre rak’a avec deux salutations. C’est également l’opinion d’Abou Hanifa et ses compagnons, d’Ahmad, de Dâwûd et d’autres. Le qâdî ‘Iyâdh l’a rapporté de la majorité des savants. Il est rapporté aussi d’après al-Aswad bin Mazyad qu’il faisait le qiyam [de Ramadan] en priant quarante rak’a et en terminant par sept rak’a de witr. En outre, Mâlik a dit qu’elle est de neuf tarwihate (pauses) qui sont trente six rak’a autre que le witr.

Grâce à la présentation des opinions des savants de tabi’in à propos de la prière de tarawih, on observe que cette prière a été accompli de manière générale en 20 rak’a. Notons bien que l’invention d’une nouvelle opinion est une bid’a.

Réf : L’imam al-Nawawî :  » Al-Majmû’ Sharh al-Muhadhdhab « , éd. Dâr al-Fikr, vol.4, p.32.

L’incompréhension d’un hadith annule le jeûne

Certains cherchent à annuler le jeûne des musulmans en leur présentant le hadith suivant :
إذا سمع أحدكم النداء والإناء على يده فلا يضعه حتى يقضي حاجته منه)
«Si l’un d’entre vous entend l’appel à la prière alors que sa main est dans le récipient, qu’il ne la retire que lorsqu’il sera satisfait».

Ce hadith traite le cas du premier adhan effectué par Bilâl – que Dieu l’agrée – avant le temps de fajr afin d’avertir les gens de son arrivée pour qu’ils terminent ce qu’ils ont entre leurs mains. Le Prophète a dit explicitement à ce sujet :
(إن بلالاً يؤذن بليل فكلوا واشربوا حتى يؤذن ابن أم مكتوم)
«Bilâl effectue le adhan durant la nuit, mangez et buvez jusqu’à ce que Ibn Umm Maktûm fasse le adhan.»

L’imam al Nawawi a dit :

Nous avons rappelé que lorsque le temps de fajr entre et que quelqu’un a dans sa bouche de la nourriture, il doit la jetter. S’il l’avale en étant averti de l’entrée du temps de Fajr, son jeûne est annulé sans aucune divergence à ce sujet. La preuve de cela est le hadith rapporté d’après Ibn Omar et d’après ‘Aicha – que Dieu les agrée tous les deux –  qui stipule  que le Messager d’Allah – que Dieu prie sur lui et le salut – a dit :
(إن بلالاً يؤذن بليل فكلوا واشربوا حتى يؤذن ابن أم مكتوم)
«Bilâl annonce le adhan durant la nuit, mangez et buvez jusqu’à ce que Ibn Umm Maktûm annonce le adhan», et ce hadith est rapporté par Al-Bukhârî et Muslim.
De plus, les receuils authentiques contiennent des hadith allant dans le même sens. Cependant, le hadith du Prophète – que Dieu prie sur lui et le salut – d’après Abû Hurayra stipule :
إذا سمع أحدكم النداء والإناء على يده فلا يضعه حتى يقضي حاجته منه)
وفى رواية (وكان المؤذن يؤذن إذا بزغ الفجر)
«Si quelqu’un entend l’appel en portant le récipient, qu’il ne le repose pas jusqu’à ce qu’il termine son besoin.»
Dans une autre narration, il stipule : «et le mu’adhin annonce le adhan lorsque le Fajr est apparu.» Al-Hâkem a rapporté la première version et il l’a jugé comme authentique selon les conditions de l’imam Muslim. De même al-Bayhaqî les a rapporté tous deux en disant : Si ce hadith est authentique,  la majorité absolue des savants en a compris que le Prophète – que Dieu prie sur lui et le salut – savait que le adhan était fait avant l’apparition du Fajr. Il a dit : «et sa parole  » إذا بزغ  » (lorsque le fajr est apparu) est probablement la parole d’Abû Hurayra ou un propos (khabar) du second adhan. Selon la seconde possibilité, la parole du Prophète que Dieu prie sur lui et le salut – : « si quelqu’un entend l’appel en portant le récipient », devient un propos (khabar) concernant le premier adhan pour qu’il devienne compatible avec le hadith rapporté par Aicha et Ibn Umar et de cette manière les différents hadith deviennent cohérents. Et Dieu est plus savant » .

Suite à cette citation de l’imam al Nawawi, on déduit que la simple entrée du fajr signifie l’entrée du temps de jeûne et le hadith problématique est en réalité spécifique au second adhan.

Conclusion :

Il faut respecter le temps de l’entrée de Fajr et s’abstenir immédiatement de manger et de boire. Tout adhan basé sur le temps du Fajr présente l’obligation de jeuner. Ceux qui continuent à manger malgré l’entrée du temps sous le prétexte du hadith d’Abû Hurayra rendent leur jeune invalide. A partir de celà, nous nous interrogeons sur les intentions derrières la diffusion de ces hadith.

Et Dieu est Plus savant

Abû Zakariyyâ al-Hussaynî