Abû Usâma Mahmûd Châkir ibn Châkir al-Harastî

Abû Usâma Mahmûd Châkir ibn Châkir al-Harastî

 Doyen des historiens musulmans de notre ère (1351-1436 / 1932-2014)

 

 

Né à Harasta (nord-est de Damas) durant le mois de Ramadan de l’année 1351/1932, Mahmûd Chakîr est issu d’une famille où prévalaient la connaissance, la piété et la générosité.
Dès son enfance, il reçut une éducation en sciences islamiques auprès des savants de son village avant de poursuivre ses études auprès des savants damascènes. En 1371/1952, il décroche son baccalauréat et s’inscrit à la faculté de géographie de l’université de Damas. En 1957, il obtint son diplôme en géographie humaine, naturelle et régionale.

Après l’obtention de son diplôme universitaire, il débuta son service militaire en entrant à la faculté des officiers. Il y suivit la totalité de la formation et devint lieutenant en 1381/1960, C’est avec ce grade qu’il fut ensuite envoyé dans le secteur militaire nord, face à la frontière palestinienne, pour y rejoindre des troupes.

Une fois son service militaire terminé, il retourna à la vie civile afin de se consacrer à l’enseignement. Il exerça d’abord en Syrie puis en Arabie Saoudite après avoir obtenu, en 1392/1972, un contrat dans le cadre de la Direction des facultés et des instituts scientifiques – qui deviendra ultérieurement l’Université islamique de l’imam Mohammad bin Saoud. Il fut alors enseignant de géographie et d’histoire au sein de la faculté des sciences sociales à Riyadh et au Qussaym. Il participa à la planification des programmes d’études des formations en histoire et en géographie. Par ailleurs, il encadra une multitude de recherches universitaires, de mémoires et de thèses.

Dès le début de son parcours, il est remarqué par son intelligence et ses capacités mémorielles. Cela lui permet de diversifier ses connaissances et ses centres d’intérêts, même s’il reste toujours focaliser sur l’histoire. Il s’y spécialise et crée sa propre école. En l’occurrence, sa méthodologie de rédaction est totalement innovante. Il étudie l’histoire ancienne et contemporaine, selon de minutieux détails et dans une perspective islamique. Il présente les faits puis il les analyse dans leur contexte en séparant le fait rapporté de l’analyse historique. Par ailleurs, il réfute scientifiquement les mensonges et les soupçons des orientalistes et de leurs disciples. Il s’intéresse également à l’étude d’une science négligée et oubliée par la majorité des chercheurs et des historiens à savoir. Il s’est spécialisé dans la généalogie. Il s’y spécialise dans le cadre de ses études historiques jusqu’à devenir un véritable savant.

Son éminence se caractérise par l’orientation de ses recherches, notamment en histoire contemporaine. Il se préoccupa particulièrement de la situation actuelle des musulmans, surtout celle des minorités musulmanes situées dans les extrémités du monde musulman traditionnel. Les causes de ces minorités sont récurrentes dans son discours et dans ses écrits.
Tous ses travaux, ses diverses contributions et ses réfutations critiques permirent alors d’enrichir la pensée islamique.

Au delà de ses participations académiques, le cheikh Mahmûd Châkir a bien exploité les médias pour soutenir la cause des minorités musulmanes. Il dirigea un programme à la radio saoudienne « Saint Coran » (al-Qur’an al-Karim) intitulé :  » La géographie du monde musulman « . Par ailleurs, il fut régulièrement l’invité du programme  » Des pages de ma vie  » de la chaine satellitaire  » al-Majd  » où il présentait son expérience remarquable.

Cheikh Mahmûd Châker est une des personnalités importante de ce siècle, caractérisé par la piété, la science, la générosité, la sagesse, une modestie remarquable et un éloignement volontaire de toute forme de célébrité. Il s’installa à Riyadh avant d’y mourir le dimanche 29/1/1436, le 23/11/2014. Que Dieu lui accorde Sa miséricorde et qu’Il l’élève parmi les gens qui ne subiront ni châtiment ni jugement.

 

On présentera un ensemble choisi de ses travaux en notant qu’il a rédigé plus de deux cents ouvrages en histoire, géographie et autres sciences humaines :

A-     Le fameux ouvrage encyclopédique intitulé « L’histoire islamique  » rédigé en 22 tomes et édité en 19 volumes de 6408 pages au total. L’ouvrage se répartie comme suit :

Vol.1 : Tome 1 et 2 : La période préislamique et la vie du Prophète ‘alayhi assalat wassalam.

Vol.2 : Tome 3 et 4 : Les Califes bien guidés et l’ère omeyyade.

Vol.3 : Tome 5 et 6 : L’état abbasside

Vol.4 : Tome 7 : L’ère mamelouke

Vol.5 : Tome 8 : L’ère ottomane

Vol.6 : Tome 9 : Des concepts sur le régime de règne islamique

Vol.7 : Tome 10 : L’histoire contemporaine : Bilâd al Shâm (Les pays du Levant). Pour des raisons politiques, la publication de ce tome a été interdite.

Vol.8 : Tome 11 : L’histoire contemporaine : L’Iraq.

Vol.9 : Tome 12 : L’histoire contemporaine : La péninsule arabe. Pour des raisons politiques, la publication de ce tome a été interdite.

Vol.10 : Tome 13 : L’histoire contemporaine : La vallée du Nil, l’Egypte et le Soudan.

Vol.11 : Tome 14 : L’histoire contemporaine : Le Maghreb.

Vol.12 : Tome 15 : L’histoire contemporaine : L’Afrique de l’ouest.

Vol.13 : Tome 16 : L’histoire contemporaine : L’Afrique de l’est.

Vol.14 : Tome 17 : L’histoire contemporain : La Turquie

Vol.15 : Tome 18 : L’histoire contemporaine : L’Iran et l’Afghanistan.

Vol.16 : Tome 19 : L’histoire contemporaine : L’Inde

Vol.17 : Tome 19 : L’histoire contemporaine : L’Asie du Sud-Est.

Vol.18 : Tome 21: L’histoire contemporaine : Les musulmans dans l’Empire russe.

Vol.19 : Tome 22: L’histoire contemporaine : Les minorités musulmanes.

 

B-     La série d’ouvrage sur le monde musulman :

1- Le monde musulman.
2- Le monde musulman : La région arabe.
3- Le monde musulman : La Syrie et l’Iraq.
4- Le monde musulman : La vallée du Nil.
5- Le monde musulman : Les populations du monde musulman.
6- Le monde musulman : Les économies du monde musulman.
7- Le monde musulman et les tentatives de le contrôler.

C-     La série d’ouvrages sur les peuples musulmans d’Asie :

1- Turkestan de l’Ouest.
2- Turkestan de l’Est.
3- Le Caucase.
4- Le Pakistan.
5- Le Bahreïn.
6- L’Indonésie.
7- La Malaisie.
8- Patani.
9- Les musulmans aux Philippines et dans l’état de la Moro.
10- Les Maldives.
11- L’Afghanistan.
12- La Turquie.
13- L’Iran.
14- La péninsule arabe (1) : Assîr.
15- La péninsule arabe (2) : Le Najd.
16- La péninsule arabe (3) : Le Hijâz.
17- Les musulmans indochinois : Vietnam, Laos, Cambodge.
18- Le Khurasan.

 

D-     La collection concernant les peuples musulmans d’Afrique :

1- L’Érythrée et l’Éthiopie.
2- Le Soudan.
3- Le Tchad.
4- L’Ouganda.
5- Le Sénégal.
6- Le Mali.
7- La Sierra Leone.
8- La Tanzanie.
9- Les Comores.
10- Les musulmans au Burundi.

 

E-     Les biographies des Compagnons (ر) :

1- Les Mères des Croyants (ر).
2- Abdullah ibn al-Zubayr (ر).
3- Al-Fadl ibn al-Abbas (ر).
4- Abdullah ibn Hudâfah al-Sahmî (ر).
5- Al-Miqdâd ibn ‘Amr (ر).
6- Abdullah ibn Abi Tâlib (ر).
7- Ja’far ibn Abî Tâlib (ر).

 

F-     La collection des califes :

  1. La Collection des Califes biens guidés :
    1- Al-Siddiq et sa famille (ر).
    2- Al- Fârûq et sa famille (ر).
    3- Al-Amin Dû al-Nûrayn et sa famille (ر).
    4- Alî bin Abî Tâlib et sa famille (ر).
  2. La collection des califes de l’ère omeyyade :
    1- Mu’awiya bin Abî Sufyan et sa famille (ر).
    2- Abdullah ibn al-Zubayr et sa famille (ر).
    3- Abd Al-Malik bin Marwân et sa famille.
    4- Al-Walîd bin Abd Al-Malik et Sulaymân bin Abd Al-Malik.
    5- Les deux fils d’Abd al Malik : Yazîd et Hichâm.
    6- Omar bin Abd al-Aziz et sa famille.
    7- Les derniers califes omeyyades.
  3. La série des califes abbasides :
    1- Abd Allah bin Muhammad surnommé Abû al-Abbas Al Saffâh.
    2- Abd Allah bin Muhammad, Abû Ja’far al-Mansour.
    3- Muhammad al-Mahdî et Yûssuf al-Hâdî.
    4- Hârûn al-Rachîd et sa famille.
    5- Al-Amîne et al-Ma’mûne.
    6- Al-Mu’tasim bi-Allah Muhammad bin Hârûn al-Rachîd.
    7- Hârûn al-Wâthiq et Ja’far al-Mutawaqqil.
    8- Les califes du deuxième âge abbasside.
    9- Les derniers califes abbassides.
  4. Suite sur la série des califes :
    1- Les califes sous le pouvoir des Bûwayhides.
    2- Les califes sous le pouvoir seldjoukide.
    3- L’absence du Califat entre 659 et 923.
    4- Les califes ottomans.
    5- La perte du califat.

 

G-     Des ouvrages de géographie :

  • Les découvertes géographiques : motifs et réalités
  • La géographie des environnements

 

H-     Divers ouvrages d’histoire et de pensée islamique :

1- La base de l’histoire islamique.
2- Avec les Prophètes et les Messagers de Dieu.
3- Les musulmans sous la domination communiste.
4- Les musulmans sous la domination capitaliste.
5- Un court voyage avec notre histoire .
6- La culture historique.
7- L’orientation et le redressement à travers l’histoire islamique.
8- L’identité de la communauté musulmane.
9- Des épines sur la voie
10- Du califat et de l’émirat en islam.
11- Nos positions retardées et le moyen pour y remédier
12- Les musulmans et les affaires publiques.
13- La civilisation en ruine.
14- La délinquance morale.
15- La délinquance scientifique ou les loups attaquants.
16 – Enfin, le masque se découvert
17- La prévenance de la voie
18- Les effets des Fallacies sur la Communauté
19- L’arriération  .
20- La femme contemporaine.
21- Les groupes primitifs.
22- Ô prédicateurs : إلى الدعاة
23- Les courrier dans la vie
24- Lettres aux jeunes.
25- Avec l’émigration vers l’Ethiopie
26- Les apatrides.
27- La bataille d’al-Yurmûk.
28- L’ordalie des musulmans en Tchétchénie

Abû Zakariyyâ al-Hussaynî al-Shafi’i.

Le lendemain du décès du cheikh, que Dieu l’agrée et l’élève auprès de Lui.

Les insultes sont-elles obligatoires d’après un hadith d’« Atrocité » ?

 

Certaines personnes, pour des raisons connues, font circuler un hadith du Prophète – que la bénédiction de Dieu soit sur lui – comme étant une illustration de la bassesse et de la vulgarité du Prophète – a’uthu billah – ou comme étant un exemple de la nécessité de rejeter cette religion. D’autres encore ont pris l’initiative d’utiliser ce hadith pour critiquer la sunna et la science du hadith.

Ce hadith est rapporté par l’imam Ahmad dans son mousnad selon cinq narrations[1]. Nous citons ici la narration la plus explicite de ce hadith comme illustration de l’objet de notre analyse :

« Quiconque tire des vanités des affiliations de l’époque anté-islamique (jâhiliya) en se rattachant à celles-ci, dites-lui de mordre le sexe de son père et n’insinuez pas (sans sous-entendre) ».

»من تعزى بعزاء الجاهلية فأعضوه بهن أبيه ولا تكنوا«

D’autres narrateurs ont transmis ce hadith[2]. Certaines chaînes de transmission de ce hadith sont très faibles et n’ont aucun poids dans la science du hadith toutefois, d’autres chaînes sont considérées comme bonnes ou fortes. Les spécialistes du hadith lors du tahqiq (l’analyse) de ces chaînes ont considéré ce hadith comme « hassan », celui-ci étant donc un argument juridique.

Par conséquent, la question suivante se pose directement : comment le Prophète – que la bénédiction de Dieu soit sur lui – a-t-il pu dire une telle parole ?

 

Ainsi, nous analyserons ce hadith sur plusieurs niveaux :

 

Premièrement : Les mœurs de notre Bien aimé – que la bénédiction de Dieu soit sur lui :

Le Prophète – que la bénédiction de Dieu soit sur lui – a été loué par Dieu dans le Coran en le décrivant :

»وَإِنَّكَ لَعَلَى خُلُقٍ عَظِيمٍ «

« Et tu es certes d’une moralité éminente »[3].

Cet éloge de Dieu écarte toute critique en la rendant nulle et sans aucune valeur. Le Prophète – que la bénédiction de Dieu soit sur lui – était en effet connu de ses ennemis, avant et après la déclaration de son message, par le comportement le plus parfait. Ainsi, toute critique d’une parole isolée utilisée comme un argument pour diffamer le Prophète n’est qu’une hérésie.

 

Deuxièmement : La pudeur du Prophète – que la bénédiction de Dieu soit sur lui :

Notre bien aimé – que la bénédiction de Dieu soit sur lui – est loué par les narrateurs et rédacteurs de sa biographie comme ayant le plus de pudeur. De même, la législation islamique réglemente tous les domaines de la vie comme les règles juridiques propres aux parties intimes (‘awra). Dans ces sujets, nous remarquons la politesse prophétique qui éclaire le sens des choses dans de sublimes expressions. Il utilisait effectivement la vastitude de la langue arabe pour s’exprimer d’une manière convenable, s’adressant aux hommes et aux femmes. Le hadith suivant explicite sa pudeur :

»عَنْ عَائِشَةَ أَنَّ امْرَأَةً سَأَلَتْ النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ عَنْ غُسْلِهَا مِنْ الْمَحِيضِ ، فَأَمَرَهَا كَيْفَ تَغْتَسِلُ ، قَالَ : ( خُذِي فِرْصَةً مِنْ مَسْكٍ فَتَطَهَّرِي بِهَا ) ، قَالَتْ : كَيْفَ أَتَطَهَّرُ ؟ قَالَ : (تَطَهَّرِي بِهَا) قَالَتْ : كَيْفَ ؟ قَالَ : ( سُبْحَانَ اللَّهِ تَطَهَّرِي ) ، فَاجْتَبَذْتُهَا إِلَيَّ فَقُلْتُ : تَتَبَّعِي بِهَا أَثَرَ الدَّمِ«.

« Une femme interrogea le Prophète sur les ablutions majeures à cause des menstrues. Il lui montra la façon de se laver puis lui dit: «Prends un morceau de laine parfumé de musc et purifie-toi en faisant l’usage ! -Comment dois-je me purifier ? Demanda la femme – Purifie-toi en faisant l’usage! – Comment ? Insista-t-elle. – Gloire à Dieu ! S’exclama le Prophète, purifie-toi ! » Sur ce, je la tirai vers moi et lui dis: « Passe le morceau sur les traces de sang ! »[4].

Selon une autre version de ce hadith, notre mère ‘Aicha a dit que le Prophète a rougi suite à la question de la femme[5].

 

Troisièmement : L’effet de la pudeur prophétique sur ce hadith :

La réponse sèche présente dans le hadith objet de notre analyse est atténuée par l’effet de la pudeur du Prophète sur deux niveaux :

1- Le hadith objet de notre analyse ne mentionne pas explicitement le nom du sexe, une métaphore étant utilisée.

2- Le Prophète n’a légiféré l’insulte qu’en réponse à un crime. Ainsi, c’est une sanction et non pas une autorisation d’insulte envers des innocents. Ce hadith contient une intimidation violente pour celui qui s’appuie sur les appartenances politiques, tribales, raciales ou autres. Ce fanatisme et cette étroitesse d’appartenance constituent une des caractéristiques de l’ère préislamique. Ainsi, cette rude expression est une réponse à un crime plus grave qui ne peut être condamné que par une réponse rude dans les limites des choses permises lors de la réponse comme nous le présenterons ultérieurement. En effet, les peines en Islam visent à interdire l’accomplissement de crimes. Ainsi, l’évaluation de la peine seule, isolément du crime qu’elle sanctionne et de la finalité qu’elle vise, constitue une analyse bancale. C’est pourquoi ceux qui critiquent les peines, comme le fait de couper la main des voleurs ou de tuer les meurtriers, ne regardent en réalité qu’un côté de la chose : la sanction du voleur assure la protection de la propriété, la sanction du meurtrier assure la protection de la vie des innocents, la sanction de l’adultère assure la protection de l’honneur et de la filiation etc. Ainsi, cette analyse est bancale et inéquitable.

 

Quatrièmement : Le principe de l’interdiction des mauvaises paroles :

Remarquons que ceux qui font circuler ce hadith visent à convaincre les gens que l’Islam autorise les insultes et les obscénités ou que la sunna n’est pas une source législative vu les prétendues horreurs qu’elle contient. Cela est certainement erroné et est basé sur une intention malhonnête. Le principe général en Islam est l’interdiction des insultes et des paroles impolies. Dieu a explicitement décrit le statut de ces paroles dans le Coran comme étant détestées par Lui. Il dit :

»لَا يُحِبُّ اللَّهُ الْجَهْرَ بِالسُّوءِ مِنَ الْقَوْلِ إِلَّا مَنْ ظُلِمَ وَكَانَ اللَّهُ سَمِيعًا عَلِيمًا«

« Allah n’aime pas que l’on profère de mauvaises paroles sauf quand on a été injustement provoqué. Et Allah est Audient et Omniscient »[6].

La déclaration et la profération d’obscénités englobent les mauvaises paroles qui ne doivent pas être prononcées, y compris les insultes et les invocations par le mal etc. Le Prophète a illustré ce principe dans le hadith suivant :

« Le croyant n’est pas injurieux, ni maudisseur, ni grossier, ni indécent. » (Rapporté par al-Tirmithi n°1977).

 

Cinquièmement : Les mauvaises paroles sont-elles autorisées ?

Le principe précité constitue la règle générale régissant les paroles tandis que dans certains cas les mauvaises paroles sont autorisées. Dieu le Très Haut dit dans sourate Al-Shura (la Consultation) :

»وَجَزَاءُ سَيِّئَةٍ سَيِّئَةٌ مِثْلُهَا فَمَنْ عَفَا وَأَصْلَحَ فَأَجْرُهُ عَلَى اللَّهِ إِنَّهُ لَا يُحِبُّ الظَّالِمِينَ (40) وَلَمَنِ انْتَصَرَ بَعْدَ ظُلْمِهِ فَأُولَئِكَ مَا عَلَيْهِمْ مِنْ سَبِيلٍ (41) إِنَّمَا السَّبِيلُ عَلَى الَّذِينَ يَظْلِمُونَ النَّاسَ وَيَبْغُونَ فِي الْأَرْضِ بِغَيْرِ الْحَقِّ أُولَئِكَ لَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ (42(.{

« 40. La sanction d’une mauvaise action est une mauvaise action [une peine] identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Allah. Il n’aime point les injustes ! 41. Quant à ceux qui ripostent après avoir été lésés, ceux-là pas de voie (recours légal) contre eux; 42. Il n’y a de voie [de recours] que contre ceux qui lèsent les gens et commettent des abus, contrairement au droit, sur la terre : ceux-là auront un châtiment douloureux ».

Celui qui est victime d’une injustice et qui réagit pour récupérer son droit, par la parole ou par l’action, ne commet aucune infraction même si son acte constitue une mauvaise parole du point de vue du criminel ou lui porte préjudice. Rappelons que l’acte qui vise à protéger le droit ou le réacquérir est autorisé par l’unanimité : la parole n’atteint pas le degré de l’acte mais lui est inférieure et doit donc être autorisée. Ce hadith autorise le fait de répondre par des offenses à ceux qui les méritent. Cela ne peut être qu’un cas extrême qui touche la sécurité des gens et la protection de la religion et de la foi des gens comme nous le présenterons ci-dessous.

De plus, nous citons l’explication de ce hadith ambigu rédigé par l’imam al-Tahawi dans son fameux ouvrage « Le commentaire des narrations ambiguës » (شرح مشكل الآثار). Nous résumons son analyse dans les lignes suivantes[7] :

((L’interdiction des paillardises concerne celui qui ne mérite pas ces paroles tandis que ce qui est cité dans le hadith est envers celui qui reprend le fanatisme et l’étroitesse des appartenances selon les habitudes préislamiques. Ainsi, celui qui incite les gens à se combattre du fait de leur appartenance ethnique sera offensé pour dénigrer son appartenance ethnique et ceci afin d’interdire aux gens de se combattre pour des causes d’appartenance ethniques ou raciales. En fait, la cause de ce châtiment réside dans la nature du crime commis : le châtiment est propre aux personnes qui se réfèrent aux gens de la période préislamique. En effet, le hadith dispose du mot « ta’azza » qui est dérivé de « ‘azâ’ » qui signifie « se référer » ou « s’ajouter »)).

Nous ajoutons aussi que l’usage du recours au soutien des autres personnes pour des raisons d’appartenance tribales, familiales, régionales, raciales etc. paraît fréquent dans la pratique et c’est une habitude de la période antéislamique (jâhiliya). Ces appels sont généralement destinés à la masse des gens pour présenter un soutien militaire ou physique pour combattre les autres, rechercher un droit prétendu etc. Ainsi, cet appel provoque évidemment des effets qui ne peuvent pas être contrôlés suite à la réaction de la foule, notamment lorsqu’il s’agit d’un appel à la guerre, au combat et à la vengeance. C’est pourquoi ce hadith autorise une telle réponse rude en rappelant que le Prophète – que la bénédiction de Dieu soit sur lui – n’a utilisé qu’une métaphore ; en effet il est sublime et ne se dégrade pas à prononcer des paroles de bassesse.

De plus, nous nous demandons : y a-t-il un crime plus grave que celui qui déclare appartenir à la période préislamique et incite les gens à se référer aux comportements de celle-ci et d’avoir de l’orgueil à cause de ses appartenances, ce qui aboutit au dépassement des règles de la vie en société par les individus en s’appuyant sur le soutient desdites appartenances ; ces derniers pouvant tuer, voler, arnaquer etc. en se cachant derrière leurs tribus, familles, régions…

Remarquons que certains essayent de donner l’illusion que ce hadith signifie qu’il faille insulter celui qui fait l’éloge ou ressent de l’orgueil à cause de son appartenance à son pays, à sa famille, à sa région comme s’il disait : « j’aime ma ville, ma famille ou mon pays ». Cette compréhension du hadith est malhonnête et inexacte.

En application de ce principe, Abû Bakr a répondu à ceux qui ont déclaré que les musulmans fuiraient la bataille et qui les ont incité à le faire en disant : « suce le sexe de la Late [une idole adoré » par les Quraychites], est ce qu’on s’enfuit en le laissant ? »[8]. Abu Bakr a utilisé une insulte connue dans la période préislamique pour répondre à celui qui a dévalorisé les musulmans et qui les a incité à abandonner leur Prophète lors d’une situation de guerre. Ibn Hajar al-Asqalani a dit dans le commentaire de ce hadith d’Abu Bakr ce qui suit : « il contient l’autorisation de prononcer les paroles vilaines afin de réprimer celui qui a commis une chose qui le rend méritant d’une telle parole. Ibn al-Munir a dit : la réponse d’Abou Bakr contient un rabaissement des ennemis, une preuve de leur mensonge et une réponse implicite à leur dogme prétendu qui considère la Late comme la fille de Dieu avec prétexte imposant que la Late dispose d’un sexe féminin »[9]. Enfin, L’imam al-Baghawî a affirmé que celui qui appartient et tire des vanités de son appartenance aux musulmans n’est pas soumis à ce hadith car l’appartenance à l’Islam ne peut aboutir qu’à l’application des règles et préceptes de l’Islam[10].

 

Conclusion :

L’Islam réglemente tous les domaines de la vie. Il ne laisse aucun cas ou situation sans le régir même si ce cas semble extrême, exceptionnel ou rare. Ainsi, les solutions sont appropriées à ces cas et se caractérisent par les mêmes qualités d’extrémité, d’exceptionnalité et de rareté. L’interdiction des mauvaises paroles constitue le principe général qui régit les paroles ; cependant, elle n’est pas absolue. Donc, nous remarquons chez ceux qui utilisent ce hadith deux types d’erreurs : certains essayent de généraliser l’interdiction des mauvaises paroles pour la rendre absolue et d’autres essayent de présenter l’autorisation restreinte et exceptionnelle des mauvaises paroles comme étant une autorisation absolue, une règle générale, en Islam.

Enfin, l’analyse de ce hadith constitue une réponse à ceux qui affaiblissent les hadiths selon leur propre gré en prétendant que tel ou tel hadith est faible car le Prophète – que la bénédiction de Dieu soit sur lui – ne disait jamais ce type de paroles ni ne les acceptaient ou que tel ou tel hadith est contradictoire avec le Coran. En réalité, les contradictions ne sont que dans leurs propres pensées à cause de leur ignorance des limites des règles juridiques.

 

Concluons par la demande à Allah Le plus Puissant de nous guider et de nous élever en science et en foi.

Dieu est plus Savant.

Abû Zakariyyâ al-Ḥussaynî al-Shâfiʿ

 

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[1]– Ahmad : « Musnad Ahmad », Hadiths n°21233 à 21237.

[2]– Al-Bukhari : « al-Adab al-Mufrad », n°963 ; Al-Nasa’i : « al-Sunnan al-Kubrâ », n°8813 ; Ibn Hibbân : « Sahih d’Ibn Hibbân », n°3153 et autres.

[3]– Le Noble Coran : Al-Qalam (La plume), verset n°4.

[4]– Al-Bukhari : « Le recueil authentique », n°314 ; et Muslim : « Le recueil authentique », n°332.

[5]– Al-Bukhari : « Le recueil authentique », n°315.

[6]– Le Noble Coran : Al-Nisa’ (Les femmes), verset 148.

[7]– Al-Tahawi : « Le commentaire des narrations ambiguës » (شرح مشكل الآثار), vol.8, p.231 à 234.

[8]– Al-Bukhari : « Le recueil authentique », n°2581.

[9]– Ibn Hajar al-Asqalani : « Fath al-Barî », vol.5, p.340

[10]– Al-Baghawî : « Le commentaire de la sunna », vol.13, p.120.