Innâ lillâh wa-innâ ilayhi râjiᶜûn

Ce matin du jeudi 1er Muharram 1442H, shaykh Husyan Ahmad al-Muhammad connu sous le nom « al-Shaykh Husayn al-Ahmad » est décédé à Alep à l’âge de 68 ans (1952-2020), suite à sa contraction du COVID-19.

Il est né dans le village Maqtaᶜ al-Hajar dans la région de Manbij et grandit dans le quartier al-Maysir, à Alep. En 1965, il rejoignit la célèbre école Dâr Nahdat al-ᶜulûm al-Sharᶜiyya bi-Halab, connue sous le nom d’al-Madrasa al-Kiltâwiyya. C’était alors la deuxième année scolaire depuis son ouverture, et son fondateur l’imam Muhammad bin Ahmad al-Nabahân était alors en vie.

Son inscription à la Kiltâwiyya est particulière, c’est ainsi qu’il la raconte :

En 1965, mon beau-frère Muhammad ᶜAlî al-ᶜÎssa vint chez nous alors qu’il allait inscrire son frère Muhammad Mahrûs à la Kiltâwiyya. Il m’invita à m’y inscrire en même temps que son frère. Je suis donc parti avec lui. J’ai inscrit mon nom et ai reçu la date de l’examen d’entrée écrit. À ce moment-là, ma mère s’opposa [à cela] et influença mon père. Leur coalition constitua une opposition farouche à l’encontre de ce projet. Le jour de l’examen, je me suis enfui de la maison et je me rendis à pied à la Kiltâwiyya où je passai l’examen. Puis, nous fûmes informés de la date de l’examen oral au cours duquel les tuteurs des étudiants devaient être présents. Comme la fois précédente, je m’enfuis de la maison afin d’assister à l’entretien oral. Cette fois-ci, mon père me suivit afin de m’interdire de m’y inscrire. Quand mon nom fut annoncé, j’entrai dans la salle d’entretien en compagnie de mon père. Notre maître, l’imam, le Qutb Muhammad al-Nabahân était assis et à ses côtés se trouvaient shaykh Muhammad Adîb Hassûn et shaykh Mahmûd Fajâl. Notre maître demanda à mon père : « Acceptez-vous que votre fils s’inscrive dans notre école ? » Mon père répondit : « Non mon shaykh ! Je ne suis pas d’accord. » (dans un dialecte d’Alep). Il lui répondit : « Pourquoi ? »  Mon père dit : « Je suis un homme âgé et mon fils m’aide dans les dépenses du foyer. »

Quand j’entendis cela, mes larmes se mirent à couler par crainte de ne pas être admis.

Le Shaykh Mahmûd al-Fajâl dit : « Sidi, regarde l’enfant pleure. » A cet instant, je ne pus retenir mes larmes et je fondis en larmes. Notre maître orienta alors son cœur vers mon père (tawajjuh) qui accepta et dit : « Sidi, je suis d’accord mais sa mère ne l’est pas et elle va me faire mal à la tête ; je ne peux pas la convaincre. »

Notre maître lui dit : « Demande-lui de venir me parler. » Puis, il s’adressa à moi en me disant : « Tu es admis. » Je sortis en me réjouissant et sentant que je possédais le monde. Mon père retourna à la maison et je restai à la Kiltâwiyya, avec les étudiants admis. Cette nuit-là, je dormis à l’école, me sentant au paradis.

Le lendemain, ma mère vint dans l’intention de me récupérer. Le shaykh Muhammad Adîb Hassûn alla lui parler pour la convaincre mais il n’y parvint pas. D’autres shuyûkh essayèrent, sans succès. Puis, notre maître sortit pour lui parler. Il lui dit : « Pourquoi ne veux-tu pas que ton fils étudie ? » Elle répondit : « Son père est un vieil homme et mon fils travaille pour nous. » Notre shaykh lui dit : « Combien gagne-t-il par jour ?» Elle répondit : « Il gagne une ou deux livres par jour. » Il lui dit : « Laisse-le et je te donnerai cent livres par mois. » Il lui remit alors la somme de cent livres. Elle dit : « Son père est malade. » Mais le shaykh lui dit : « Envoie-le moi, je vais l’envoyer à un médecin compétent et lui faire porter les médicaments. » Ainsi, ma mère demanda à mon père de revenir chez notre maître, qu’Allâh l’agrée, qui l’envoya chez un médecin et lui paya ses médicaments.

C’est pourquoi je considérai et je considère toujours que mon maître et bien-aimé m’a acheté à mes parents.

Ma mère vint chaque mois chez sidi al-Nabahân prendre de lui la somme de cent livres et ce, pendant trois mois ou plus. Mon frère aîné n’était pas d’accord avec cela et réussit à convaincre ma mère de ne plus rien prendre de notre maître.

(Cette histoire est extraite du site des ahbâb al-Kiltâwiyya sur lequel le shaykh la cite personnellement)

Parmi ses shuyûkh à la Kiltâwiyya : shaykh Muhammad Nadhîr al-Arîhâwî (d.2019) ; shaykh Rajab al-Hîb qu’Allâh le préserve ; shaykh Mahmûd Fujâl (d. 2015) ; shaykh Sâlih al-Mâriᶜî (d. 2020) ; shaykh Muhammad Adîb Hassûn (d. 2008) ; shaykh Muhammad Lutfî (d. 1974) et shaykh ᶜAbd al-Rahîm al-Hût (d. 1992).

En 1970, à la fin de la 5e année, il n’y avait que peu d’étudiants dans sa classe. L’imam al-Nabahân leur demanda donc de s’inscrire dans l’école al-Shaᶜbâniyya à Alep, gérée par l’éminent savant et Muhaddith, le Sirâj ᶜAbdullah Sirâj al-Dîn (d. 2002). Ainsi, il étudia auprès des professeurs de cette école comme shaykh ᶜAbdullah Sirâj al-Dîn, shaykh Ahmad Qallâsh (d. 2008), shaykh ᶜAbdurrahmân Zayn al-ᶜÂbidîn al-Kurdî al-Antâkî (d.1990) et shaykh muhaddith Nûr al-Dîn ᶜItr qu’Allâh le préserve.

Puis le shaykh termina ses études à al-Azhar où il obtint son diplôme en 1976. Il travailla comme imam et khatîb dans la mosquée al-Salâm de la région al-Tabaqa et dans la mosquée Muhîd al-Dîn dans le quartier al-Muyassir à Alep. Il enseigna également au sein de l’enseignement national dans différentes écoles jusqu’à 2007, année de sa démission après 30 ans d’exercice.

En 1995, il revint à la Kiltâwiyya mais cette fois en tant que professeur de fiqh shâfiᶜî et de tafsîr (exégèse).

Il travailla avec son professeur shaykh Muhammad Nadhîr Hâmid (d. 2019) sur son projet grandiose dédié au Coran. Il participa avec lui à la section concernant les relations entre les sourates du Saint Coran et l’analyse grammaticale (iᶜrâb) des versets.

Qu’Allâh lui accorde Sa Miséricorde.

Photo : Shaykh Husyan al-Ahmad à droite et son professeur, shaykh Sâlih al-Mâriᶜî à gauche, qu’Allâh leur accorde Sa Miséricorde.

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