Du rattrapage des prières, après un état d’inconscience

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Avec la crise sanitaire et les malades qui passent du temps dans le Coma, la question du statut légal des prières ratés durant la période de perte de conscience, se pose.

Les savants ont parlé du cas de la personne ayant perdu conscience, sans faute personnelle*, et ont adopté plusieurs positions sur le statut de la prière durant cette période. Nous résumons les différents avis comme suit :

– L’école mâlikite et l’école shâfiᶜîte : pas de rattrapage car la personne n’est pas responsable durant la période de l’évanouissement. Ils s’appuient sur le hadîth suivant : « La Plume est levée pour trois personnes : l’endormi jusqu’à son réveil, l’impubère jusqu’à sa puberté et le fou jusqu’à ce qu’il retrouve raison ».

– L’école hanbalite : obligation de rattrapage car l’inconscience est généralement d’une courte période contrairement à la folie. Ainsi, la personne tombée dans l’inconscience doit rattraper les prières ratées. ᶜAmmâr bin Yâsir a perdu conscience durant trois jours, il demanda après son réveil s’il avait prié. Ses compagnons lui dirent qu’il n’avait pas prié depuis trois jours. Il rattrapa alors ces prières ratées. Cela est rapporté également d’après ᶜImrân bin Husayn et Samura bin Jundub, que Dieu les agrée.
Dans cette école, si la période d’inconscience est longue, elle prendrq le statut de la folie. Ibn Qudâma dit : « Celui qui prend un médicament qui lui cause la perte de la raison : si cette perte de raison est courte, cela a le statut de l’inconscience ; si elle est longue, cela a le statut de la folie ».

– L’école hanafite : obligation de rattrapage des prières si leur nombre ne dépasse pas six prières (ou cinq pour Muhammad bin al-Hasan). Dépasser ce nombre de prières ratées constitue une difficulté et une gêne.

Ainsi, les personnes qui passent du temps en réanimation, à l’hôpital, sont exemptées du rattrapage des prières.

Qu’Allâh guérisse tout le monde amin.
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* Si la personne perd conscience de façon intentionnelle, comme par exemple en consommant un stupéfiant ou des produits causant la perte de la raison, elle doit rattraper toutes les prières.

À propos de notre traduction de 40 nawawiyya

Plusieurs personnes se sont interrogées sur le pourquoi j’ai choisi de retraduire l’épître des 40 hadîths de l’imam al-Nawawî. Avant de faire ce choix, je savais bien que l’épître avait déjà été traduit plusieurs fois ; j’avais même recensé treize traductions, actuellement en vente sur le marché.

Je me suis permis de les consulter toutes afin d’adopter une traduction pour nos cours à l’institut shafii. Cependant, le résultat était décevant et la décision de retraduire l’épître se basa alors sur plusieurs raisons :

1- Aucune de ces nombreuses traductions n’est complète.
L’épître ne se termine pas avec le 42 ͤ hadîth mais elle contient également : une conclusion assez longue dans laquelle l’imâm al-Nawawî expose son intention de rédiger un commentaire indépendant et explique les raisons de l’ajout de ce chapitre interprétatif à la fin de l’épître ; un chapitre sur des ambiguïtés qui explicite les expressions de chaque hadîth avec des indications sur la manière de les prononcer.

2- Texte arabe mal préparé
Malgré que les versions traduites sont principalement bilingue, le texte arabe est très mal préparé. L’édition de livres de hadîths nécessite une maîtrise de ce domaine. Le texte des hâdîths est parfois transmis selon plusieurs versions et une édition scientifique doit refléter ces différentes versions. Cela n’a jamais été le cas avec les éditions bilingues disponibles actuellement.
Sur la photo ci-joint de notre édition, on voit dans le carreau rouge une lettre portant deux voyelles. Cela reflète deux formes de transmission de ce hadîth et ne constitue pas une erreur. Parfois, les variantes impactent le sens et sont ainsi apparentes dans la traduction française.
Et nous n’avons pas remarqué la présence de cet aspect technique dans les éditions déjà disponibles.

3- Absence d’études analytiques de l’œuvre
Les traductions qui circulent sur le marché s’intéressent principalement à la traduction française du texte. Rares sont les traductions qui contiennent une présentation de l’œuvre et de son auteur.
Aussi célèbre qu’il soit, l’imâm al-Nawawî reste peu connu, les éditions déjà disponibles présentent PARFOIS une ou deux pages sur cette figure emblématique de l’Histoire des sciences islamiques. Cependant, nous ne trouvons aucune étude sur l’oeuvre qu’est al-arbaᶜûn al-nawawiyya.
Dans notre édition, nous avons veillé à présenter une étude assez complète et succincte sur l’épître (origines, reflexion sur le nombre 40, méthodologie de sélection des hâdîths, méthodologie de l’imam envers le hadîth faible (daᶜîf), etc)

4- Absence du titre originel
Aucune version traduite ne mentionne le titre correct de l’ouvrage. Même si l’épître est célèbre sous le nom « al-arbaᶜûn al-nawawiyya » le titre est bien différent. Nous avons dédié une section à ce point dans notre introduction critique.

C’est ainsi que nous avons mis en place – par la grâce d’Allâh – une version qui peut être utilisée dans l’enseignement d’un tel épître de référence.

Pour commander l’ouvrage :
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Une aventure ramadanesque : la conversion du professeur Philippe à l’islam

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Allah nous accorde des moments bénis, des brises parfumées et des particularités qu’Il accorde aux temps, aux endroits et aux personnes.

Avec l’entrée du mois de Ramadân, un frère actif dans la daᶜwa – qu’Allah le bénisse – m’a contacté en me demandant de parler à un professeur français ayant des questions sur l’islam. J’ai consulté le profil de la personne concernée sur Twitter et j’y ai découvert que le monsieur en question était un professeur en sciences politiques, catholique de religion et ayant relativement bien lu sur l’islam. Cette personne demandait un échange public sur l’islam avec une personne spécialisée dans le domaine. Il précisait qu’il était ébloui par la structuration juridique de la législation islamique. Je m’attendais, en conséquence, à des interrogations sur des cas juridiques ambiguës ou s’opposant aux mœurs de la religion du 21ème siècle qu’est la modernité. Cependant, ses interrogations furent d’une toute autre dimension… .

Ainsi, notre premier échange eut lieu le lundi, nuit de mardi, veille de la première nuit bénie de Ramadân. Nous y avons évoqué les principales questions du professeur :

1- Allah possède-t-Il une âme ? Comment peut-on Le connaître à travers Ses écrits ?

2- Quels sont les Attributs d’Allah ? Les 99 noms correspondent-ils aux Attributs divins ?

3- Quelles sont les différentes formes d’adorations ?

4- Allah possède-t-Il des attributs humains ? Se situe-t-Il dans un lieu quelconque ?

5- Jésus est-il encore sur Terre ou élevé aux cieux ? Quel sera le message qu’il apportera à ceux qui l’ont idolâtré ? Jésus est-il un simple Prophète ? Le Prophète Muhammad en a-t-il fait la référence dans les ahâdîth ?

J’ai répondu, en premier lieu, à la deuxième question car elle instaure la conceptualisation de la théorie des Attributs d’Allah chez les musulmans. La première et la quatrième se basent dessus.

Les réponses furent succinctes et limitées aux textes concis permis par le réseau social sur lequel se déroulait la discussion. À la fin de l’échange, il affirma qu’il était convaincu. Après de longs échanges privés, la nuit de jeudi, à 23h30 (horaire de Paris), le professeur a embrassé l’islam. Qu’Allah raffermisse sa foi et l’augmente en piété.

L’interrogation sur ces thèmes théologiques complexes relevait d’un questionnement sérieux et d’une recherche et réflexion profondes sur le sujet. Cela témoigne également d’une objectivité dans la recherche de la vérité ; le professeur a remis en question son dogme chrétien et sa formation au catéchisme sans se sentir honteux d’avoir à délaisser son héritage et sans se borner à un suivisme aveugle de la société ! Cette démarche ne semblait pas émaner d’un coup de tête ou d’une fausse prospection. Enfin, nous n’avons le droit de juger les gens que selon leurs apparences et ne pouvons voir ce qui réside dans leurs cœurs.

La conversion du professeur est – à mon sens – particulière. En effet, beaucoup de cas de conversion émanent d’une recherche de spiritualité, de paix intérieure, d’amour ou en lien avec la dimension sociale de l’islam, et ne contiennent le Message de l’islam, qu’ultérieurement. Cependant, on voit bien chez lui que c’est le fond du message de l’islam qui a attiré son cœur : l’adoration d’un Dieu Unique, Seul sans associé, Omnipotent, Omniscient, Dissemblable des créatures, Exalté de la formation de parts et d’organes, Subsistant par Lui-même, Unique dans Son Essence, dans Ses Attributs et dans Ses Actions, Exalté de la corporalité, etc.

En ces jours bénis de Ramadân, je loue Allah de nous avoir honoré en nous mettant au service de Sa Religion. Cette nuit de jeudi restera gravée dans ma mémoire, une nuit bénie dans un mois béni, que j’ai passé en compagnie d’un chercheur de vérité, ne recherchant ni jouissances mondaines, ni bénéfices personnels, mais uniquement la Face d’Allah !

Ô Guide ! Guide-nous et Indique-nous le chemin vers Toi, par Toi !

Ô Allah ! Raffermis notre foi et préserve nos cœurs !

La sunna d’imsâk

Chaque ramadân, certaines questions reviennent en boucle. L’une d’entre elles est la suivante : « puis-je boire de l’eau ou avaler une bouché si le temps de la prière entre et que le mu’adhdhin est dans le début de l’adhân ? ».

Cette question se répète continuellement car certains ignorants se caractérisent par la diffusion des avis marginaux, de part leur lecture littéraliste et superficielle des textes. Ils affirment ainsi qu’il est permis au jeûneur de manger et de boire pendant l’adhân de la prière de l’fajr. Ils s’appuient sur le hadîth dans lequel le Prophète ﷺ dit : « Si quelqu’un parmi vous entend l’appel à la prière alors qu’un récipient est dans sa main, qu’il ne le pose avant d’en avoir consommé ce dont il a besoin » (Rapporté par al-Bayhaqî).

Ces gens n’ont pas pris soin de regarder les ahâdîth qui sont plus authentiques et qui permettent de comprendre ce hadîth. Durant la vie du Prophète ﷺ, il y avait deux adhâns : le premier accompli par Bilāl et le second accompli par Ibn Umm Maktûm. L’abstention obligatoire (début du jeûne) débute avec le commencement du second adhân. Quant au premier adhân, il assure l’avertissement mais il est encore permis de manger et de boire.

D’après Ibn Masᶜûd, le Prophète ﷺ a dit : « Que l’adhân de Bilâl n’interdise quiconque parmi vous de son suhûr. En effet, il appelle pendant la nuit afin que celui qui est debout [en train de prier] revienne et que celui qui dort soit averti ». (Rapporté par al-Bukhârî et Muslim).

D’après ᶜÂ’isha et ᶜAbd Allâh bin ᶜUmar, le Prophète ﷺ a dit : « Bilâl fait l’adhân durant la nuit. Continuez à manger et à boire jusqu’à ce que Ibn Umm Maktûm fasse l’appel » (Bukhârî, Muslim, Mâlik et Nasâ’î).

L’interdiction de manger commence ainsi au début du deuxième adhân. Si une personne a dans sa bouche de la nourriture ou de la boisson et que le temps de fajr entre, elle est dans l’obligation de le recracher. Si elle l’avale, son jeûne est invalide. Cet avis fait l’objet d’un consensus chez les quatre écoles. Seules quelques tâbiᶜî autorisaient de manger ou boir pendant le adhân de fajr mais c’est un avis marginal qui a toujours été délaissé par les compagnons, les tâbiᶜîn et les savants jusqu’à nos jours.

Quant au hadîth rapporté par al-Bayhaqî, il concerne l’adhân de Bilâl, que Dieu l’agrée. Ce hadîth ne peut concerner l’adhân de l’entrée du temps de fajr car la recommandation prophétique consiste à s’abstenir de manger un certain moment avant l’entrée du temps de fajr.

Ce temps d’attente entre le suhûr et le fajr est une sunna que certains combattent et essayent de faire disparaître. Les compagnons veillaient à respecter cette sunna d’Imsâk qui est estimée à un temps de récitation de cinquante versets.

L’imam al-Bukhârî rapporte d’après Zayd bin Thâbit, que Dieu l’agrée, que ce dernier dit : « Nous avons mangé le repas de suhûr avec le Prophète ﷺ puis il s’est levé pour la prière. J’ai dit (le narrateur à Zayd) : de combien était le temps entre l’adhân et le suhûr ? Il (Zayd) dit : « Le temps de cinquante versets ».

L’imam al-Bukhârî intitule ce chapitre avec un titre révélateur de ce cas juridique : « Chapitre : Du temps entre le suhûr et la prière de fajr ».

Enfin, le jeûne débute par l’entrée de fajr. Ce temps doit être respecté minutieusement en respectant, très préférentiellement, la sunna de s’abstenir de boire et de manger, un moment avant l’adhân et l’entrée du temps de fajr. Ainsi, nous accueillons l’adoration du jeûne et la prière de fajr avec sérénité et tranquillité.

Soyons attentifs et veillons à préserver la validité de nos adorations, loin des gens qui aiment sortir du consensus des musulmans en pensant bien faire !

Et Dieu est plus Savant !

En ce jour béni de vendredi, le 11e de ce mois béni de Ramadân (soit le 23 avril 2021), notre umma a perdu un étendard et une sommité de science et de piété, notre maître, le juriste, le muhaddith et l’exégète Muhammad ᶜAzîza al-Kayâlî al-Husaynî, que Dieu l’agrée.

Cet homme du siècle est parti après avoir diffusé un savoir abondant et des enseignements bien enracinés dans les cœurs de ses disciples et étudiants. Il nous a laissé un immense héritage de noblesse, de mœurs, de bon caractère, de piété, de sincérité, d’amour, de science et de spiritualité.

Par la grâce d’Allâh, j’avais un privilège particulier de parler avec lui de façon très intime et de bénéficier de ses enseignements, conseils et directives. Je veillerai dans peu de temps à lui dresser une biographie scientifique en français.

Innâ lillâh wa-innâ ilayhi râjiᶜûn