École hanafite et épidémie de peste

Soit une personne touchée par la peste, qui est au courant, et qui contredit les prescriptions de quarantaine et voyage. Si elle contamine une autre personne qui décède, elle est alors considérée comme ayant commis un homicide involontaire (litt. causer le meurtre : qatl bittasabbub). Cette personne l’ensemble de ses proches (ᶜâqila) seront alors obligés de donner la diya (prix de sang) aux héritiers du défunt.

Les temps de Zakat al-Fitr

Parmi les dégâts du non suivisme des écoles juridiques figure la prolifération des avis marginaux (shâdh), basés sur une compréhension lacunaire ou littérale de certains contemporains. Le sujet de Zakât al-Fitr contient plusieurs avis de cette sorte. Ils disent aux gens qu’il faut la donner avant la prière de ᶜîd et que le fait de la retarder est haram et entraîne des péchés. Cependant, cet avis est marginal et contredit l’avis adopté dans les quatre écoles juridiques. Il est bien valide de donner Zakât al-Fitr après la prière de ᶜîd mais il est seulement déconseillé (makrûh) de la donne après la prière de ᶜîd sans cause légale.

Selon les écoles malikite, shâfiᶜîte et hanbalite, le temps de zakât al-fitr se termine le maghrib du jour de ᶜîd et non pas à la prière du ᶜîd. Selon l’école hanafite, ce sujet est plus large.

1- L’école hanafite :
Dans al-kitâb (1/160) : S’ils la retardent du jour du yawm al-fitr, elle leur demeure obligatoire et ils doivent la donner.

2- L’école malikite :
Dans al-Mudawwana al-kubrâ (2/350) : Mâlik a dit : Cela est large, il peut la donner avant ou après la prière s’il veut.
Dans al-Kâfî d’Ibn ᶜAbd al-Barr : Le mieux est de la donner le jour d’al-Fitr avant ou après la prière.

3- L’école shâfiᶜîte :
Dans Rawdat al-Tâlibîn (2/292), l’imam al-Nawawî dit : Il est illicite de la retarder après le jour du ᶜîd. S’il la retarde, il doit l’attraper.
Dans al-Majmûᶜ (6/121-122), l’imam al-Nawawî dit : Dans notre école, s’il l’a retarde après la prière de l’imam et la donne durant la journée, il n’est pas pêcheur et est considéré comme donné dans le temps. S’il la retarde après le jour du Fitr, il encourt un péché et elle sera comme du rattrapage (qadâ’). Al-ᶜAbdari a transmis cela d’après Mâlik, Abû Hanîfa, al-Layth et Ahmad.
Dans Iᶜânat al-Tâlibin (2/174), Shaykh al-Islâm dit : Zakat al-Fitr a cinq temps :
1- Un temps d’autorisation (waqtu jawaz) : dès l’entrée du Ramadan.
2- Un temps d’obligation : dès le coucher du soleil du dernier jour de Ramadan.
3- Un temps méritoire : avant la prière de ‘Aid al-Fitr.
4- Un temps déconseillé (waqtu karaha) : après la prière de ‘Aid al-Fitr.
5- Un temps d’interdiction (waqtu hourma) : après le maghrib du jour de ‘Aid al-Fitr.

4- L’école hanbalite :
Dans al-Mughnî (2/358), Ibn Qudâma dit : S’il la retarde du jour du ᶜîd, il encourt un péché et doit rattraper.
Dans al-Mubdiᶜ (2/394) : Le mieux est de la donner le jour du ᶜîd avant la prière. Il est permis de la donner tout au long de la journée [du ᶜîd]. S’il l’a retardé du jour du ᶜîd, il encourt un péché et doit la rattraper.

Un hadith est rapporté du prophète ﷺ limitant le temps de donation de Zakât al-Fitr avant la prière du ᶜîd, ce hadith est maᶜlûl (est touché par une lacune dans son texte ou sa transmission). On trouve les réponses détaillées à ce sujet dans l’analyse des différents hadith encadrant Zakât al-Fitr dans les commentaires des principaux recueils de hadîth.

Wallah aᶜlam,

Place d’Ibn Taymiya dans l’école Hanbalite

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Nous remarquons que certains considèrent Ibn Taymiya comme un imam mujtahid, d’autre le considèrent comme un mujaddid de son école ou de son époque. Le pire ce sont ceux qui le prennent comme la seule référence scientifique, comme s’il était le seul savant de son époque et que les autres étaient des mouches ! Ce dernier point de vue sera étudié dans une autre publication.
L’imam Ibn Taymiya s’affiliait à l’école hanbalite et était bien fidèle à l’école dans la globalité de sa pensée juridique. Nous pouvons résumer la place de ses avis dans l’école comme suit :
Les ikhtiyârât (choix personnels) d’Ibn Taymiya, à savoir les cas juridiques ou les fondements qu’il adoptait différemment de ce qui est admis dans l’école.
Les tahqiqât d’Ibn Taymiya, à savoir les avis qu’il considérait les plus probants parmi les divergences dans l’école, étaient bien pris en considération par les muhaqqiqin de l’école.
Les takhrijat d’Ibn Taymiya, à savoir les avis qu’il établissait en se basant sur les fondements de l’école, étaient bien retenus par les muhaqqiqin de l’école.

Ses tahqiqat arrivent au quatrième rang après celles d’Ibn Qudâma, d’Ibn ᶜAqîl et d’Ibn Taymiya le grand-père.

Notons que cela ne contredit pas son hanbalisme vu que ces usuls-là sont secondaires mais ont des conséquences sur un grand nombre de cas juridiques. En fait, nous remarquons qu’Ibn Taymiya divergeait de l’imam Ahmad notamment sur deux fondements : Les intérêts non-définis (masâlih mursala) et la fermeture des causes (sadd al-dharâ’iᶜ) : l’imam Ahmad a restreint ces deux fondements tandis qu’Ibn Taymiya les a élargis. Le hadith faible : l’imam Ahmad a élargi l’application du hadith faible tandis qu’Ibn Taymiya l’a restreint.

Wallah a’lam,

Bidâyat al-mujtahid

Ce livre semble être intéressant par sa méthodologie. Il évoque les avis juridiques des écoles et synthétise leurs arguments pour finalement évoquer l’avis qui semble être le plus probant pour son auteur. Le vrai intérêt à cet ouvrage réside dans sa faculté d’exposer la manière dont les jurisconsultes ont diverge entre eux.

Cette méthodologie séduit en réalité les réformistes et les partisans du non suivisme des écoles juridiques. Certains d’eux l’utilisent comme un manuel d’enseignement.Cependant, cette méthodologie est très lacunaire et l’ouvrage ne peut être utilisé comme tel pour différentes causes :

1- l’absence de la pertinence dans la narration des avis des écoles juridiques.

2- le recours à des ouvrages non adoptés dans les écoles juridiques,

3- l’ouvrage est très superficiel dans la science de fiqh, il évoque les principaux sujets sans rentrer dans les sujets détaillés.

Ce genre de livre fait partie de la catégorie (khilâf ‘âlî), c’est à dire les divergences entre les écoles juridiques. Cette catégorie est destinée à ceux qui ont maîtrisé les usûl et les furû’ de leur école et qui entre dans les divergences entre les écoles juridiques. Pour celui qui cherche à aborder ce genre d’ouvrage en matière des adorations cultuelles, il peut se diriger vers al-Majmû’ de l’imam al-Nawawî qui dépasse ces critiques, voire même qui est incomparable avec ce présent ouvrage.

Enfin, utiliser ce genre d’ouvrages pour enseigner à des étudiants ne conduit qu’à l’absence de la maîtrise du fiqh. L’étudiant se perd en fait entre les avis pour chaque mas’ala sans pouvoir acquérir l’intuition juridique.

Wallah a’lam