Place de la langue arabe dans la science de ‘usûl al-fiqh

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Parmi les matières de la science de ‘Usul al-fiqh (Fondements du Droit musulman) figure la langue arabe. En effet, une majeure partie de cette science dépend des significations des termes. La personne ne maîtrisera pas cette science jusqu’à ce que ce qu’elle devienne une référence indépendante en langue et en arabe.
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Imâm al-Haramayn al-Juwaynî : al-Burhân, p.84
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Statut légal des ordre prophétiques reçues durant les rêves

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Beaucoup de gens posent la question du statut légal de ce qu’ils voient dans leurs rêves. Cette même question se pose aussi pour les récits que l’on entend à propos des rêves des awliyâ’ dans lesquels ils reçoivent des recommandations prophétiques. Certains tendent, par ignorance, à l’application des prescriptions prophétiques reçues durant les rêves même lorsqu’elles sont en contradiction avec la Sharîᶜa.
Le statut légal de ces rêves est comme suit : Si le rêve contient une demande compatible avec les règles de la Sharîᶜa, dans ce cas, cet ordre peut être admis.
Si le rêve contient une demande contradictoire aux règles de la Sharîᶜa, dans ce cas, cet ordre n’aura aucune valeur légale et il est interdit pour la personne l’ayant reçu ou pour autrui d’appliquer cette chose contraire à la Sharîᶜa.
La cause de cette inapplication de la demande prophétique illégale durant le rêve n’est pas due au doute sur la vision du Prophète ﷺ dans le rêve. Cependant, elle est justifiée par le rejet de la transmission du rêveur pour deux causes :
1- La personne durant le rêve n’a pas le dabt (maîtrise et contrôle) de ce qu’elle reçoit.
2- La personne durant le rêve n’est pas responsable.
L’imam an-Nawawî nous explique cela en disant : « Parmi [les caractéristiques du Prophète ﷺ, on trouve aussi] : celui qui le voit durant son rêve l’a vu certainement. En effet, Satan ne prendra pas son image. Cependant, ce qui est entendu du Prophète ﷺ par le rêveur – durant le rêve – et qui dépend des statuts légaux n’est pas applicable si cela entre en contradiction avec ce qui est établi dans la législation. Cela est lié au fait que le rêveur est dépourvu du dabt (maîtrise et contrôle de la narration) et non pas à un doute relativement à la vision du Prophète ﷺ [durant le rêve]. La narration n’est admise que de la part du responsable qui maîtrise ce qu’il transmet et le dormeur ne l’est pas. » Fin de citation
« ومنه أن من رآه في المنام فقد رآه حقًا؛ فإن الشيطان لا يتمثل بصورته، ولكن لا يعمل بما يسمعه الرائي منه في المنام مما يتعلق بالأحكام إن خالف ما استقر في الشرع، لعدم ضبط الرائي لا للشك في الرؤية، لأن الخبر لا يقبل إلا من ضابط مكلف والنائم بخلافه.»اهـ
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Référence :
L’imam an-Nawawî : Tahdhîb al-‘asmâ’ wa-l-lughât, éd. Dâr al-Kutub al-‘ilmiyya, beyrouth, vol.1, p.43.

Entre l’adage juridique et la norme juridique

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Beaucoup mélangent entre l’adage juridique et la norme juridique. Dans le fiqh (droit musulman), ces deux notions juridiques ont des significations très proches.
Qāʿida : notion générale applicable à tous ses éléments particuliers. Elle n’est pas limitée à une thématique juridique mais est générale pour toutes les thématiques.
Ḍābiṭ : notion générale applicable à tous ses éléments particuliers. Elle est limitée à une thématique juridique.
Avant de s’aventurer dans la science, il faut connaître sa terminologie.

Entre le Tafsîr et le Ta’wîl

Le fameux linguiste Ibn Ya’îsh nous explique dans son glorieux commentaire sur al-Mufassal (vol.1, p.25) la différence entre le Tafsîr et le Ta’wîl en disant :

 

« La différence entre le Tafsîr et le Ta’wîl c’est que le Tafsîr est le dévoilement du sens voulu de l’expression, qu’il soit apparent ou dissimulé tandis que le Ta’wîl est l’éloignement de l’expression du sens apparent vers un autre sens supporté par l’expression. Ainsi, tout Ta’wîl est un Tafsîr mais tout Tafsîr n’est pas un Ta’wîl ».

‏الفرق بين التفسير والتأويل أن التفسيرَ الكشفُ عن المراد من اللفظ سواء كان ذلك ظاهراً في المراد أو غير ظاهر ، والتأويل إنما هو صرف اللفظ عن الظاهر إلى غيره مما يحتمله اللفظ ، فإذاً كلُّ تأويل تفسير ، وليس كلُّ تفسير تأويلاً.

Ainsi, on voit bien que le Ta’wîl n’est pas une contradiction du sens de l’expression car il recourt à un sens – qui peut être supporté par l’expression – autre que le sens apparent. D’où le fait que décrédibiliser le Ta’wil pour le simple fait qu’il soit un Ta’wîl n’a aucune base scientifique hormis l’ignorance.

Niveaux scientifiques des savants

L’ijtihād est défini comme étant : « Épuiser l’effort d’un juriste pour déduire un statut légal à partir du texte ». L’accès à l’ijtihâd dépend des sciences techniques le permettant au savant en question comme la langue arabe, la science de hadith, les sciences du Coran …

Les niveaux d’ijtihâd sont hiérarchisés comme suit en les appliquant sur l’école shafiite :

1- Mujtahid Mustaqill : Celui qui atteint le degré d’ijtihâd dans toutes les disciplines juridiques et a établi Ses Propres fondements juridiques (usul) et déduit les ahkâm (statuts légaux) à partir des textes légaux (Coran et Sunna).

2- Mujtahid Mutlaq  ou Muntasib : Celui qui atteint le degré d’ijtihâd dans toutes les disciplines juridiques mais s’affilie aux fondements établis par un Mujtahid Mustaqill. Ce Mujtahid ajoute et complète les fondements de son imam. Il se peut qu’il contredit l’imam dans ses avis juridiques comme résultat de son propre ijtihâd et ce dernier type d’avis est nommé (ikhtiyârâte/ikhtiyâr). Leurs avis dans les sujes non tranchés par l’imam sont considérés des Wujûh dans l’école. Exemple : al-Muzanî ; al-Qaffâl ash-Shâshî ; Taqiyy ad-Dîn as-Subqî (qui est le dernier dans l’école shafiite).

3- Mujtahid Muqayyad ou Mujtahid de Takhrīj : Celui qui imite l’imam dans ses avis juridiques et applique l’ijtihâd dans les sujets non étudié par l’imam. Son rôle se caractérise par l’établissement des preuves pour les avis juridiques non étudiés par l’imam selon les fondements de l’imam. Ils sont nommés ashâb al-Wujûh car ils sont la majorité des mujtahidîn dans l’école qui ont élaboré la structuration juridique de l’école et les statuts légaux non tranchés par l’imam. Exemple : Abû Ishâq ashShîrâzî, al-Marûdhî.

4- Mujtahid de Tarjīḥ ou Mujtahid de fatwā : Celui qui évalue entre les avis des mujtahidîn de son école sans appliqué un ijtihâd direct dans le Coran et la Sunna. Certains comprennent ce rang de manière erronée en pensant qu’il s’agit d’un tarjîh entre les avis des écoles juridiques tandis qu’il s’agit d’un tarjîh entre les avis juridiques au sein d’une seule école. Exemple : Ar-Râfi’î et An-Nawawî.

5- Mémorisateur des avis juridiques : Celui qui mémorise les fondements de l’imam et les avis des ashâb al-Wujûh dans son école avec leurs arguments sans qu’il jouit de la capacité d’appliquer l’ijtihâd tout seul. Exemple : As-Suyûtî ; Ibn Hajar al-Haythamî.

De nos jours, les savants spécialistes des écoles sont du cinquième niveau scientifique et ils se peut dans les cas de besoin appliqué des ijtihâd selon les fondements de l’école (ta’sîl des nouveaux sujets juridiques) ou des ijtihâd de fatwâ (sélection des avis non adoptés mais qui sont plus adéquats aux faits juridiques).

Quant à ceux qui réclament l’ijtihâd absolu, ils sont en général dépourvue de méthodologie juridique pertinente et des fondements juridiques. Ils emploient le fondement une fois et le délaissent d’autres fois. Parmi ces prétendants, on trouve Sayyid Sâbiq qui – dans son ouvrage  » Fiqh as-Sunna  » (dont le nom témoigne une intention d’ijtihâd indépendant) – a confirmé de manière abondante que l’avis des compagnons n’est pas une preuve juridique mais il l’a utilisé en tant que tel dans vingt deux sujets juridiques. J’en passe de l’ensemble des réformistes dont l’internet regorge de leurs fatâwâ remplie de contradiction interne au niveau de leurs fondements.

Wallah a’lam