De la normativité juridique

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Les écoles juridiques se basent sur des fondements, des normes de prévalence entre les avis (tarjîh) et des normes de dérivation juridique (takhrîj). Cela produit des avis adoptés et stables dans chaque école selon ce qui est transmis des mujtahidîn des écoles et établi selon lesdites règles et normes.

Concernant les nouveaux sujets, les règles juridiques sont cherchées selon les normes de takhrîj. Pour chaque nouveau sujet, toute école juridique peut avoir son propre avis, en application de ses usûl et normes. C’est ainsi que le droit musulman (fiqh) assure sa continuité et son évolution.

Historiquement, les livres de nawâzil et de fatâwâ recensent les avis juridiques donnés pour les nouveaux sujets conformément à chacune des quatre écoles. C’est la preuve que le fiqh n’a jamais été l’objet d’une stagnation ou d’un décalage de l’évolution de la société musulmane. En réalité, la capacité du fiqh à gérer les sociétés pendant douze siècles prouve sa viabilité juridique.

De nos jours, ce n’est ni le fiqh ni les fuqahâ’ qui gèrent la société. En effet, les états contemporains établissent leurs codifications et réglementations bien loin des préceptes islamiques et ce, depuis un siècle environ. Comme l’a dit Shaykh al-Azhar Ahmad al-Tayyib indirectement au président Sissi : « Ne jette pas ta misère sur la religion ! Va faire ton travail ! »

WAllah aᶜlam

Changement des règles juridiques avec le temps

En première année d’étude du droit, l’étudiant apprend que la règle de droit est constituée de deux éléments :
– faits juridiques
– effets juridiques
 
L’effet est établi par la loi dans le cas où les faits sont présents.
La présence ou non des faits ne signifie pas que la règle est inapplicable.
La règle est parfaitement applicable quand les faits sont inexistants, son application consiste à ne pas établir les faits juridiques.
 
Les temps ont changé, les circonstances ont changé.
Mais les règles ne changent pas que dans la limite du fondement de la règle sur un fait particulier.
 
En droit Musulman, ces principes sont les mêmes.
 
Je vous donne un exemple :
Il était autorisé de manger la viande des Français durant le 16éme siècle.
Il est interdit de manger la viande des Français au 21éme siècle.
 
On voit que la Fatwâ est différente entre les deux époques.
Cependant, dans ces deux cas le Hukm légal n’a pas changé, on a appliqué le même Hukm.
 
C’est un sujet mal compris par les gens, car les sociologues et les historiens parlent du droit.
 
L’analyse de ces sujets ne se fait pas à la légère.

Place de la langue arabe dans la science de ‘usûl al-fiqh

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Parmi les matières de la science de ‘Usul al-fiqh (Fondements du Droit musulman) figure la langue arabe. En effet, une majeure partie de cette science dépend des significations des termes. La personne ne maîtrisera pas cette science jusqu’à ce que ce qu’elle devienne une référence indépendante en langue et en arabe.
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Imâm al-Haramayn al-Juwaynî : al-Burhân, p.84

Statut légal des ordre prophétiques reçues durant les rêves

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Beaucoup de gens posent la question du statut légal de ce qu’ils voient dans leurs rêves. Cette même question se pose aussi pour les récits que l’on entend à propos des rêves des awliyâ’ dans lesquels ils reçoivent des recommandations prophétiques. Certains tendent, par ignorance, à l’application des prescriptions prophétiques reçues durant les rêves même lorsqu’elles sont en contradiction avec la Sharîᶜa.
Le statut légal de ces rêves est comme suit : Si le rêve contient une demande compatible avec les règles de la Sharîᶜa, dans ce cas, cet ordre peut être admis.
Si le rêve contient une demande contradictoire aux règles de la Sharîᶜa, dans ce cas, cet ordre n’aura aucune valeur légale et il est interdit pour la personne l’ayant reçu ou pour autrui d’appliquer cette chose contraire à la Sharîᶜa.
La cause de cette inapplication de la demande prophétique illégale durant le rêve n’est pas due au doute sur la vision du Prophète ﷺ dans le rêve. Cependant, elle est justifiée par le rejet de la transmission du rêveur pour deux causes :
1- La personne durant le rêve n’a pas le dabt (maîtrise et contrôle) de ce qu’elle reçoit.
2- La personne durant le rêve n’est pas responsable.
L’imam an-Nawawî nous explique cela en disant : « Parmi [les caractéristiques du Prophète ﷺ, on trouve aussi] : celui qui le voit durant son rêve l’a vu certainement. En effet, Satan ne prendra pas son image. Cependant, ce qui est entendu du Prophète ﷺ par le rêveur – durant le rêve – et qui dépend des statuts légaux n’est pas applicable si cela entre en contradiction avec ce qui est établi dans la législation. Cela est lié au fait que le rêveur est dépourvu du dabt (maîtrise et contrôle de la narration) et non pas à un doute relativement à la vision du Prophète ﷺ [durant le rêve]. La narration n’est admise que de la part du responsable qui maîtrise ce qu’il transmet et le dormeur ne l’est pas. » Fin de citation
« ومنه أن من رآه في المنام فقد رآه حقًا؛ فإن الشيطان لا يتمثل بصورته، ولكن لا يعمل بما يسمعه الرائي منه في المنام مما يتعلق بالأحكام إن خالف ما استقر في الشرع، لعدم ضبط الرائي لا للشك في الرؤية، لأن الخبر لا يقبل إلا من ضابط مكلف والنائم بخلافه.»اهـ
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Référence :
L’imam an-Nawawî : Tahdhîb al-‘asmâ’ wa-l-lughât, éd. Dâr al-Kutub al-‘ilmiyya, beyrouth, vol.1, p.43.