Entre l’adage juridique et la norme juridique

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Beaucoup mélangent entre l’adage juridique et la norme juridique. Dans le fiqh (droit musulman), ces deux notions juridiques ont des significations très proches.
Qāʿida : notion générale applicable à tous ses éléments particuliers. Elle n’est pas limitée à une thématique juridique mais est générale pour toutes les thématiques.
Ḍābiṭ : notion générale applicable à tous ses éléments particuliers. Elle est limitée à une thématique juridique.
Avant de s’aventurer dans la science, il faut connaître sa terminologie.
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Entre le Tafsîr et le Ta’wîl

Le fameux linguiste Ibn Ya’îsh nous explique dans son glorieux commentaire sur al-Mufassal (vol.1, p.25) la différence entre le Tafsîr et le Ta’wîl en disant :

 

« La différence entre le Tafsîr et le Ta’wîl c’est que le Tafsîr est le dévoilement du sens voulu de l’expression, qu’il soit apparent ou dissimulé tandis que le Ta’wîl est l’éloignement de l’expression du sens apparent vers un autre sens supporté par l’expression. Ainsi, tout Ta’wîl est un Tafsîr mais tout Tafsîr n’est pas un Ta’wîl ».

‏الفرق بين التفسير والتأويل أن التفسيرَ الكشفُ عن المراد من اللفظ سواء كان ذلك ظاهراً في المراد أو غير ظاهر ، والتأويل إنما هو صرف اللفظ عن الظاهر إلى غيره مما يحتمله اللفظ ، فإذاً كلُّ تأويل تفسير ، وليس كلُّ تفسير تأويلاً.

Ainsi, on voit bien que le Ta’wîl n’est pas une contradiction du sens de l’expression car il recourt à un sens – qui peut être supporté par l’expression – autre que le sens apparent. D’où le fait que décrédibiliser le Ta’wil pour le simple fait qu’il soit un Ta’wîl n’a aucune base scientifique hormis l’ignorance.

Niveaux scientifiques des savants

L’ijtihād est défini comme étant : « Épuiser l’effort d’un juriste pour déduire un statut légal à partir du texte ». L’accès à l’ijtihâd dépend des sciences techniques le permettant au savant en question comme la langue arabe, la science de hadith, les sciences du Coran …

Les niveaux d’ijtihâd sont hiérarchisés comme suit en les appliquant sur l’école shafiite :

1- Mujtahid Mustaqill : Celui qui atteint le degré d’ijtihâd dans toutes les disciplines juridiques et a établi Ses Propres fondements juridiques (usul) et déduit les ahkâm (statuts légaux) à partir des textes légaux (Coran et Sunna).

2- Mujtahid Mutlaq  ou Muntasib : Celui qui atteint le degré d’ijtihâd dans toutes les disciplines juridiques mais s’affilie aux fondements établis par un Mujtahid Mustaqill. Ce Mujtahid ajoute et complète les fondements de son imam. Il se peut qu’il contredit l’imam dans ses avis juridiques comme résultat de son propre ijtihâd et ce dernier type d’avis est nommé (ikhtiyârâte/ikhtiyâr). Leurs avis dans les sujes non tranchés par l’imam sont considérés des Wujûh dans l’école. Exemple : al-Muzanî ; al-Qaffâl ash-Shâshî ; Taqiyy ad-Dîn as-Subqî (qui est le dernier dans l’école shafiite).

3- Mujtahid Muqayyad ou Mujtahid de Takhrīj : Celui qui imite l’imam dans ses avis juridiques et applique l’ijtihâd dans les sujets non étudié par l’imam. Son rôle se caractérise par l’établissement des preuves pour les avis juridiques non étudiés par l’imam selon les fondements de l’imam. Ils sont nommés ashâb al-Wujûh car ils sont la majorité des mujtahidîn dans l’école qui ont élaboré la structuration juridique de l’école et les statuts légaux non tranchés par l’imam. Exemple : Abû Ishâq ashShîrâzî, al-Marûdhî.

4- Mujtahid de Tarjīḥ ou Mujtahid de fatwā : Celui qui évalue entre les avis des mujtahidîn de son école sans appliqué un ijtihâd direct dans le Coran et la Sunna. Certains comprennent ce rang de manière erronée en pensant qu’il s’agit d’un tarjîh entre les avis des écoles juridiques tandis qu’il s’agit d’un tarjîh entre les avis juridiques au sein d’une seule école. Exemple : Ar-Râfi’î et An-Nawawî.

5- Mémorisateur des avis juridiques : Celui qui mémorise les fondements de l’imam et les avis des ashâb al-Wujûh dans son école avec leurs arguments sans qu’il jouit de la capacité d’appliquer l’ijtihâd tout seul. Exemple : As-Suyûtî ; Ibn Hajar al-Haythamî.

De nos jours, les savants spécialistes des écoles sont du cinquième niveau scientifique et ils se peut dans les cas de besoin appliqué des ijtihâd selon les fondements de l’école (ta’sîl des nouveaux sujets juridiques) ou des ijtihâd de fatwâ (sélection des avis non adoptés mais qui sont plus adéquats aux faits juridiques).

Quant à ceux qui réclament l’ijtihâd absolu, ils sont en général dépourvue de méthodologie juridique pertinente et des fondements juridiques. Ils emploient le fondement une fois et le délaissent d’autres fois. Parmi ces prétendants, on trouve Sayyid Sâbiq qui – dans son ouvrage  » Fiqh as-Sunna  » (dont le nom témoigne une intention d’ijtihâd indépendant) – a confirmé de manière abondante que l’avis des compagnons n’est pas une preuve juridique mais il l’a utilisé en tant que tel dans vingt deux sujets juridiques. J’en passe de l’ensemble des réformistes dont l’internet regorge de leurs fatâwâ remplie de contradiction interne au niveau de leurs fondements.

Wallah a’lam