Niveaux scientifiques des savants

L’ijtihād est défini comme étant : « Épuiser l’effort d’un juriste pour déduire un statut légal à partir du texte ». L’accès à l’ijtihâd dépend des sciences techniques le permettant au savant en question comme la langue arabe, la science de hadith, les sciences du Coran …

Les niveaux d’ijtihâd sont hiérarchisés comme suit en les appliquant sur l’école shafiite :

1- Mujtahid Mustaqill : Celui qui atteint le degré d’ijtihâd dans toutes les disciplines juridiques et a établi Ses Propres fondements juridiques (usul) et déduit les ahkâm (statuts légaux) à partir des textes légaux (Coran et Sunna).

2- Mujtahid Mutlaq  ou Muntasib : Celui qui atteint le degré d’ijtihâd dans toutes les disciplines juridiques mais s’affilie aux fondements établis par un Mujtahid Mustaqill. Ce Mujtahid ajoute et complète les fondements de son imam. Il se peut qu’il contredit l’imam dans ses avis juridiques comme résultat de son propre ijtihâd et ce dernier type d’avis est nommé (ikhtiyârâte/ikhtiyâr). Leurs avis dans les sujes non tranchés par l’imam sont considérés des Wujûh dans l’école. Exemple : al-Muzanî ; al-Qaffâl ash-Shâshî ; Taqiyy ad-Dîn as-Subqî (qui est le dernier dans l’école shafiite).

3- Mujtahid Muqayyad ou Mujtahid de Takhrīj : Celui qui imite l’imam dans ses avis juridiques et applique l’ijtihâd dans les sujets non étudié par l’imam. Son rôle se caractérise par l’établissement des preuves pour les avis juridiques non étudiés par l’imam selon les fondements de l’imam. Ils sont nommés ashâb al-Wujûh car ils sont la majorité des mujtahidîn dans l’école qui ont élaboré la structuration juridique de l’école et les statuts légaux non tranchés par l’imam. Exemple : Abû Ishâq ashShîrâzî, al-Marûdhî.

4- Mujtahid de Tarjīḥ ou Mujtahid de fatwā : Celui qui évalue entre les avis des mujtahidîn de son école sans appliqué un ijtihâd direct dans le Coran et la Sunna. Certains comprennent ce rang de manière erronée en pensant qu’il s’agit d’un tarjîh entre les avis des écoles juridiques tandis qu’il s’agit d’un tarjîh entre les avis juridiques au sein d’une seule école. Exemple : Ar-Râfi’î et An-Nawawî.

5- Mémorisateur des avis juridiques : Celui qui mémorise les fondements de l’imam et les avis des ashâb al-Wujûh dans son école avec leurs arguments sans qu’il jouit de la capacité d’appliquer l’ijtihâd tout seul. Exemple : As-Suyûtî ; Ibn Hajar al-Haythamî.

De nos jours, les savants spécialistes des écoles sont du cinquième niveau scientifique et ils se peut dans les cas de besoin appliqué des ijtihâd selon les fondements de l’école (ta’sîl des nouveaux sujets juridiques) ou des ijtihâd de fatwâ (sélection des avis non adoptés mais qui sont plus adéquats aux faits juridiques).

Quant à ceux qui réclament l’ijtihâd absolu, ils sont en général dépourvue de méthodologie juridique pertinente et des fondements juridiques. Ils emploient le fondement une fois et le délaissent d’autres fois. Parmi ces prétendants, on trouve Sayyid Sâbiq qui – dans son ouvrage  » Fiqh as-Sunna  » (dont le nom témoigne une intention d’ijtihâd indépendant) – a confirmé de manière abondante que l’avis des compagnons n’est pas une preuve juridique mais il l’a utilisé en tant que tel dans vingt deux sujets juridiques. J’en passe de l’ensemble des réformistes dont l’internet regorge de leurs fatâwâ remplie de contradiction interne au niveau de leurs fondements.

Wallah a’lam

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De la Philosophie du Droit Musulman

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Le fiqh traite l’ensemble des cas, il ne traite pas votre cas spécifique.
 
La règle juridique en droit musulman, comme la règle juridique en droit civil est caractérisée par deux critères :
– c’est une règle générale ;
– c’est une règle abstraite.
 
1- C’est une règle générale englobant l’ensemble des personnes concernées par son étendue sans aucune exception.
Exemple :
Le paiement de la Zakat (aumône légale purificatrice) est obligatoire à toute personne ayant une somme d’argent supérieur au seuil juridique et ayant été économisée durant une année. Cette obligation est donc générale, elle englobe toute les personnes ayant les conditions précitées sans aucune exception.
 
2- C’est une règle abstraite ne dépendant pas de la personne des individus concernés mais de leur qualité juridique en tant que responsable juridique et destinataire du statut juridique divin.
Exemple :
Dans le même exemple, le paiement de la Zakât ne dépend pas de la personne de celui qui la paie. Une personne qui est devenue pauvre n’est donc plus concernée par l’obligation car l’obligation est abstraite et ne s’attache pas à sa propre personne.

Méthodologie de l’apprentissage du fondement de la jurisprudence et programme ‘ussul à l’institut de l’imâm al-Shâfii

Les trois écoles, malikite, shafiite et hanbalite disposent d’une méthodologie commune en science de ‘ussûl al fiqh.
Ainsi, les ouvrages de ‘ussûl des trois écoles sont en principe interchangeables.
• Résumé de l’échelle d’apprentissage des fondements de la jurisprudence :
L’échelle d’apprentissage des ouvrages des fondements de la jurisprudence est la suivante :
1- « Le commentaire d’al-waraqât » de l’imâm al-Mahallî.
2- « Al-wajîz fî ‘ussûl al-fiqh » du cheikh Wehbe al-Zuhaylî.. Cet ouvrage est parfois adopté à Damas selon le niveau de l’étudiant.
3- « Lubb al-‘ussûl » de l’imâm cheikh al-islâm Zakariyyâ al-‘Ansârî.
4- « Al-Luma’ » de l’imâm al-Shirâzî. Cet ouvrage est fondamental dans l’apprentissage des ’ussûl à Damas, il est relativement adopté en Egypte.
5- « Nihâyat al-sûl sharh minhâj al-wussûl » de l’imâm al-‘Isnawî.
6- Le fameux « Mukhtasar de Ibn al-Hâjib al-Mâlikî ».
7- « Jam’u al-jawâmi’ » de l’imâm al-Subqî.
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Le programme de l’Institut de l’Imâm al-Shâfii qui sera enseigné en français comporte les ouvrages suivant :
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1- « al-waraqât » de l’imâm al-Juwaynî.
2- « Le commentaire d’al-waraqât » de l’imâm al-Mahallî.
3- « Al-wajîz fî ‘ussûl al-fiqh » du cheikh Wehbe al-Zuhaylî.
4- « Lubb al-‘ussûl » de l’imâm cheikh al-islâm Zakariyyâ al-‘Ansârî.
5- « Al-Muma’ » de l’imâm al-Shirâzî.
Les livres (4) et (5) présentent des niveaux largement plus avancés en ‘ussul que les cursus actuellement dispensés en français. Ainsi, l’institut de l’imâm al-Shâfi’i est le premier institut francophone qui dispense ce niveau très avancé dans le fiqh et ‘oussoul d’une certaine école.

Les moyens de résoudre la contradiction apparente des arguments

Dans la jurisprudence, les arguments détaillés font parfois l’objet d’une apparente contradiction. Or, l’extraction des statuts juridiques dépend souvent de la résolution de celle-ci.
Ainsi, a-t-on eu besoin de la méthodologie nommée  » al jam’u wa-al-tarjih » qui signifie le rassemblement et la pondération. Ceci explique pourquoi les savants spécialistes de la science de fondements de la jurisprudence présentent le chapitre de  » la contradiction et la pondération  » juste après celui des arguments généraux.
De plus, les arguments détaillés peuvent être soutenus par des preuves qui les ramène au niveau du qat’i al dalala (Péremptoire au niveau argumentaire). Dans ce cas, l’argument ne sera plus parmi les cas précités de la contradiction.

Les méthodes de résolution de contradiction sont au nombre de trois:
Le rassemblement
La pondération
L’abrogation

Les formes du rassemblement sont innombrables. Par exemple: le premier texte peut être général tandis que le second est particulier alors, le texte particulier limite la portée générale de l’autre.

De même, les formes de prépondérances sont nombreuses, voire illimitées, comme l’a affirmé l’imam al Subqi dans son ouvrage  » Jam’ al-Jawâmi’ « .

Tandis que l’abrogation est déterminée par la détermination de la date de chaque texte, le texte antérieur est abrogé par le texte postérieur.