En cette soirée bénie, Allâh m’a fait l’honneur d’aller visiter l’un de nos shuyûkh bénis et de pouvoir profiter de sa présence. Une assise riche en évocations et en chants qui nous ont adouci le cœur. Nous avons aussi été honorés par la présence d’autres frères ainsi que les fils de notre shaykh, al-hamdulillah.

Nous avons repris un ancien nachîd d’adieu du Ramadân qui nous rappelle comment et combien les pieux se consacraient aux moments bénis de ce mois. Ils s’attachaient à toute occasion d’adorer Allâh et regrettaient la perte/fin de ces moments.

Nous avons pu prier ensemble, derrière le fils du shaykh ayant une maîtrise exceptionnelle du Coran. Il récitait un juz’ par jour dans la prière de tarâwîh. Sa mémorisation est tellement parfaite qu’on croirait qu’il lit à partir du mushaf ! Le juz’ était ainsi récité en toute fluidité, sans aucune hésitation ni faute, machallah !!

Qu’Allah préserve nos shuyûkh et leurs héritiers ! Nos espoirs se portent sur eux pour la transmission de la religion aux futures générations !

Cette assise m’a remis sur le droit chemin, m’a rappelé la mission que mes shuyûkh m’ont attribuée, et a adoucit mon coeur après avoir ressenti cette triste perte et frayeur d’hier !

Pourquoi cheminer auprès d’Allah

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Un homme vint chez le shaykh ᶜAbd al-Rahmân al-Shâghûrî lui demandant de de conclure un pacte de suivisme spirituel avec lui et d’apprendre les invocations que le shaykh recommande.
Le shaykh lui demanda : « Pourquoi cherches-tu à prendre une Voie spirituelle ? »

L’homme répondit : « Je veux la connaissance (al-maᶜrifa) et souhaite devenir un connaisseur d’Allâh (ᶜârif bi-llâh) ».

Le shaykh lui dit : « Prend la Voie pour la réalisation de la servitude car ta demande de la maᶜrifa correspond à un désir de ton égo ».
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Cette anecdote nous enseigne que celui qui acquiert la servitude (al-ᶜubûdiyya) acquiert la connaissance. De plus, le shaykh voulait, ici, écarter les désirs de l’âme afin que le disciple ne chemine pas dans l’objectif d’être qualifié de « Connaisseur d’Allâh », de Shaykh, de Saint (Walî), etc.

C’est pourquoi les maîtres de l’éducation spirituelle disent : « Parmi les choses destructrices sont, la volonté de l’étudiant reliée à l’ijâza et celle du cheminant aux prodiges. »

Qu’Allah nous accorde une science utile !

Une cérémonie était organisée dans la mosquée de Chouwika à Damas, elle était pleine.Lorsque le cheikh Hussayn Khattab (Cheikh al-Qurrâ’ de Damas) est entré à la mosquée, tout le monde s’est mis à pleurer.

من لم يدلك على الله حاله
لم يدلك على الله مقاله

Celui dont l’état spirituel (hâl) ne te guide pas à Allah,
ses paroles ne te guideront pas à Lui

« Serviteur de la science » titre honorifique ou qualificatif d’humilité ?

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Beaucoup de personnes affichent sur leurs sites, leurs livres, leurs articles, leurs biographies ou toutes sortes d’affichages, le qualificatif de « serviteur de la science ». Ils pensent qu’en se considérant comme « serviteur de la science sacrée », cela reflète une forme de modestie et d’humilité. En réalité, cela est bien loin d’être le cas.

Le degré de servitude à la science est un très haut grade et est loin d’être une formule de rabaissement et de dénigrement de l’égo. Le fait de se considérer comme un « serviteur de la science » peut relever de l’ostentation, du mensonge et de la réclamation de ce qu’on ne mérite, en réalité, pas. L’anecdote suivante explicite le propos.

Suite à l’étude d’un livre de hadîth auprès de notre shaykh, l’éminent jurisconsulte hanafite, muhaddith et éducateur damascène Riyâd Shaykh Ughlî ; notre frère, collègue et ami intime shaykh Bilâl a préparé le texte de la ijâza du shaykh. Celui-ci se charge habituellement de cette tâche car il est expert dans l’édition, la vérification des chaînes de transmission damascène et dans la science de l’isnâd en général. Dans l’ijâza, le shaykh Bilal a écrit à la fin, avant le nom et la signature du shaykh donnant l’ijâza, le terme suivant : « khâdim al-ᶜilm wa-ahlih » (le serviteur de la science et de ses gens). En lisant le texte de l’ijâza, le shaykh Riyâd a ordonné à Bilâl de changer cette formulation, en rétorquant qu’il n’est point un serviteur de la science.

Je dois préciser que le shaykh est un éminent savant qui passe tout son temps à enseigner ou à étudier et lire. Il entame une énième étude de la célèbre glose de l’imam Ibn ᶜÂbidîn, sachant qu’il l’a mémorisé par cœur (une déduction personnelle suite à des questions que je lui ai posé).

Le shaykh explique ainsi que la servitude de la science signifie devenir un serviteur ne disposant d’aucun choix et d’aucune individualité. Un serviteur (khâdim) suit les ordres de son maître, il n’a pas à contester. Un serviteur de la science suit les ordres de la science et si un étudiant le visite à minuit pour étudier auprès de lui, il doit l’accueillir chez lui, lui accorder les enseignements qu’il demande jusqu’à ce qu’il soit rassasié. Le shaykh ajouta : « Ô mon fils ! C’est un grand degré auquel nous ne pouvons prétendre ! ».


Bilal lui dit : « Sidi, que dois-je mettre ? »
Le shaykh répondit : « Évite les qualificatifs et les surnoms ».
– Mais je dois vous introduire sidi !
– Mets : al-haqîr, al-faqîr (le dénigré, le pauvre nécessiteux) !

Bilal ravala sa salive et obéit à l’ordre du shaykh !

Je remercie Allâh de m’avoir accordé le privilège de connaître ces gens et de les côtoyer. Ils sont, par leurs enseignements et leurs attitudes, la hujja (preuve) d’Allâh, en complète opposition des gens de nos jours ! Qu’Allah nous permette de profiter de leurs sagesses et de leurs enseignements !