Critères de la réussite

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Dans la conclusion de son exégèse du Coran [at-Tafsîr al-Munîr], l’éminent jurisconsulte, exégète, ‘usûlî cheikh Wahbah az-Zuhaylî a dit :
 
Je peux dire en me basant sur une expérience et une pratique, après avoir souffert dans la rédaction et la compilation des ouvrages dans le milieu académique de plus qu’un quart d’un siècle de fiqh, des fondements du fiqh, des sciences de hadith, de l’exégèse du Coran et des autres sciences, que :
la croyance ne se rectifie et les significations n’apparaissent dans le cœur que par le Coran ;
le comportement du musulman ne se corrige que par la compréhension du Livre d’Allah ;
l’âme ne s’adoucit – après le Coran – que par le hadith du Prophète salla Allah ‘alahi wasallam et sa spiritualité inondante ;
l’acte du musulman n’est valide que par les statuts juridiques présentés dans les ouvrages de fiqh ;
la raison et la compréhension ne sont pas une protection de tomber dans l’erreur ;
et enfin, les statuts juridiques de la législation ne se normatise que par les fondements du fiqh.
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De l’illusion de la connaissance par la lecture arbitraire

La lecture assidue des ouvrages intellectuels et l’assistance aux séminaires et conférences des auteurs et intellectuels sans un bagage scientifique solide (à la fois en droit musulman, en croyance et en spiritualité) est une perte de temps et de l’âme. Pire des intellecto-manes sont les littératuro-manes, surtout ceux dont la lecture se limite aux contes et récits. Ces rédactions, comme la drogue, donnent l’illusion d’être rempli [de connaissances] tandis que tu en es vide, et d’être riche [en savoir] tandis que tu en es pauvre. Les contes et récits ne construisent pas une culture ou un étudiant en sciences.
Le pire effet de la lecture intellectuelle dépourvue de sciences est le désir ardent de donner son avis sur toute chose. Cela tue le sens de la quête de science et d’apprentissage ainsi que le besoin d’un maître spirituel pour s’éduquer auprès de lui. Pire encore, cela risque d’imprégner la personnalité d’un ego surdimensionné risquant de critiquer la science d’une perspective idéologique, intellectuelle et sociale qui ne sont pas les siennes mais que l’on a emprunté de l’imagination d’un conte, du génie d’une fiction dans un récit ou d’une prétendue méthodologie scientifique qui est en réalité non-scientifique.
 
La survie des nations ne se fait que par la science qui est « parole prouvée par un argument » et non pas de simples idées liées entre elles d’une manière attirante. Le développement se base sur la spécialité scientifique et non pas par l’impression scientifique dominant les rédactions intellectuelles. Enfin, la culture personnelle ne se construit pas par les contes et récits mais par la lecture sérieuse dans les ouvrages d’introduction à chaque science qui sont dédiés pour les non-spécialistes.
 
J’ai le regret de dire que la culture de lecture arbitraire et non-encadrée dominant la société occidentale a imprégné les musulmans en France par ses effets nocifs. Cependant, son côté positif est aussi présent, à savoir l’amour de la lecture et la discussion scientifique.
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Décrocher la Lune ou comprendre al-Bukhârî

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Un jour, un homme entra dans une mosquée et tomba sur un cheikh qui enseignait à ses disciples le recueil authentique de l’imam Al-Bukhârî. Aussi il lanca au cheikh sur un ton ironique :
« À l’autre bout du globe, les gens sont montés sur la Lune et toi tu expliques le Sahîh Al-Bukhârî ? »
Ce à quoi le cheikh rétorqua :
« Qu’y a-t-il d’étonnant à cela, une créature qui se déplace vers une autre créature ? Quant à nous, nous aspirons à arriver chez Le Créateur.
Au final, sais-tu quel est le plus perdant d’entre nous ?
C’est certes toi ! Tu n’es arrivé ni à la lune, ni tu n’as étudié Al-Bukhârî avec nous ».
 
Certains étudiants débutants aspirent à aborder des sujets juridiques pointus et étudier des chapitres dédiés généralement aux niveaux avancés. Perdus dans leur manque de méthodologie, ils ne sont arrivés à maîtriser ni les sujets dont ils se gargarisent de la connaissance, ni étudier et maîtriser les sujets qu’on explique aux débutants comme eux parmi les enseignements classiques.

Regards sur la méthodologie de la lecture de l’histoire islamique

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Le fameux savant, littéraire, juge, penseur, le cheikh Alî al-Tantâwî a dit dans ses mémoires (vol.4, p.248) :
 
Je ne suis pas impressionné qu’il y ait parmi les gens des nobles et des haineux, des justes et des injustes. C’est la sunna d’Allah dans les humains.
 
Cependant, je suis impressionné qu’il y ait des gens parmi nous [les musulmans] qui oublient intentionnellement la blancheur de notre Histoire et s’illusionnent une lumière dans la noirceur de l’Histoire des autres; qui négligent nos mérites et glorifient leurs actes dont leur majorité sont au moins considérées comme des vices.

Pourquoi apprendre à prier s’étale sur des heures ?

Le bédouin venait chez le Prophète – que la paix et le salut de Dieu soient sur lui – et apprenait avec lui les ablutions et la prière pendant une demi heure puis il partait.
Pourquoi l’apprentissage du fiqh s’étale sur des heures et des heures ?
 
Cette question semble logique et convaincante. Cependant, elle relève d’une ignorance indéniable, (1) ignorance de ce que le Prophète – que la paix et le salut de Dieu soient sur lui – enseignait et de ce que les savants enseignaient et aussi (2) ignorance de la nature de l’époque de chacun.
 
1- Regards sur le contenu :
Lorsqu’une personne venait chez le Prophète – que la paix et le salut de Dieu soient sur lui – pour demander les éléments essentiels de la religion, ou comment faire correctement la prière, il répondait par la présentation des piliers (arkân) de la prière. Cette nomenclature technique de pilier (arkân) découle de l’infaillibilité du Prophète – que la paix et le salut de Dieu soient sur lui. Il est présumé enseigné tout ce qui est indispensable lorsqu’il est en situation d’enseignement. Cependant, lorsque les compagnons décrivaient la prière parfaite, celle du Prophète – que la paix et le salut de Dieu soient sur lui -, ils mentionnaient outre les piliers indispensables à la validité de la prière, les actes méritoires recommandés ainsi que les formalités accessoires. Ainsi, ce que la personne venant du désert a appris en quelques instants sont les piliers de la prière, et elle apprend le reste par la pratique avec l’ensemble des compagnons.
De plus, la personne venant apprendre en quelques instants ne devient pas savante dans les sujets appris. Elle apprend le minium indispensable pour sa religion d’une manière minimale. Par exemple, celui qui a appris comment faire la prière correctement après l’accomplissement trois fois d’une prière invalide (hadith al-musî’i salâtuhu), n’a pas appris ce qu’il fait dans le cas de l’oubli et n’a pas appris aussi ce qu’il dit dans la prosternation (sujûd) ni dans l’inclinaison (rukû’).
Enfin, nous trouvons aussi qu’une grande quantité de gens viennent apprendre avec le Prophète – que la paix et le salut de Dieu soient sur lui – pour des périodes plus ou moins longues. Certains passent deux semaines, d’autres trois, d’autres des années. Qui dit qu’il faut des heures et des heures pour apprendre le minimum obligatoire pour un musulman lambda ? Une formation légère sur les sujets indispensables de la prière peut être assurée en quelques heures. Par exemple, l’explication entière de matn al Maqâsid pour les débutants dure environ dix heures sachant qu’elle couvre la croyance, le fiqh et la purification de l’ame ainsi que des conseils pour pratiquer la religion au quotidien et améliorer sa foi.
 
2- Regards sur l’historiographie du droit musulman :
Une grande différence se situe entre les deux apprentissages. Le bédouin qui vient apprendre, apprend de la source, du transmetteur de la législation lui-même – que la paix et le salut de Dieu soient sur lui -. Il n’est pas inquiet de s’approfondir et devenir un mufti car s’il en a besoin, il revient de nouveau chez le transmetteur de la législation – que la paix et le salut de Dieu soient sur lui -.
Tandis que la personne aujourd’hui apprend longtemps pour devenir indépendant dans ses adorations d’une manière minimale afin de ne pas revenir chez les savants à chaque problématique.
Ainsi, l’apprentissage se rejoint sur sa forme méthodologique. Le bédouin apprend avec le mujtahid ultime de l’humanité, notre bien aimé – que la paix et le salut de Dieu soient sur lui – de même que le musulman lambda apprend avec le savant le plus fiable qu’il puisse trouver.
 
Je conclue enfin en confirmant que chacun revient à la source législatif à laquelle il peut accéder. De nos jours, certains préfèrent creuser un puits qui a été déjà creusé mais sans avoir les outils pour le faire.
 
Qu’Allah nous préserve de l’ignorance et de la fierté d’être ignorant.