Innâ lillâh wa-innâ ilayhi râjiᶜûn إنا لله وإنا إليه راجعون

Je présente mes condoléances à moi même, à nos shuyûkh, aux étudiants de science et à l’ensemble des musulmans par le décès de notre maître, l’éminent muḥaddith, jurisconsulte ḥanafite et exégète Noureddin ᶜItr qu’Allah lui accorde Sa Miséricorde et élève son degré.

C’est un homme qui vaut une communauté (rajul bi-umma), un de la dernière génération damascène à laquelle on se refuge et sur laquelle on compte. Il était une sommité ultime dans la science. Allah lui a regroupé la science de ḥadîth, l’exégèse et la maîtrise du fiqh hanafite avec une participation éminente dans les différentes écoles juridiques. Doté d’une vaste culture, amoureux de la lecture, il était doté d’une plume coulante, d’un style éloquent et d’une participation remarquable en littérature, en langue arabe et en poésie.
Il a étudié à Alep auprès de ses sommités, nottamment l’éminent muḥaddith ᶜAbdullah Sirâj al-Dîn, puis il a étudié à al-Azhar où il a côtoyé ses plus grands savants comme le shaykh Muhammad Abû Shahba et le shaykh Mustafâ Mujâhid.

Il est caractérisé par son sérieux et son scrupule notamment envers lui-même.

Descendant de la noble famille prophétique, de deux parents pieux, il était le disciple du Muḥaddith d’Alep, l’éminent savant et éducateur le shaykh ᶜAbdullah Sirâj al-Dîn.

Allah l’a éprouvé par la perte de son fils Mujâhid, il a patienté et résigné au destin et décret d’Allah.

Ses rédactions sont très nombreuses, nous comptons notamment :
– Son célèbre commentaire de l’ouvrage Bulûgh al-Marâm fî ahâdîth al-ahkâm de l’imam Ibn Hajar al-ᶜAsqalânî. Dans quatre grands volumes, il analyse minutieusement chaque ḥadîth au niveau de la science de hadîth et au niveau du fiqh comparé.
– Son ouvrage al-Hajj wal-ᶜumra est parmi les plus importantes rédactions sur le sujet,
– Ses différents tafsîr entier du Coran constituent un moyen parfait pour mettre l’exégèse coranique à la portée des lecteurs contemporains.
– Ses ouvrages en sciences de Coran témoignent de son éminence dans le domaine.
– Les sciences de ḥadîth constituent son domaine principal d’expertise, il a contribué par son étude majeure « La méthodologie de la critique dans les sciences de ḥadîth » à aborder cette discipline via une différente approche. De même, il a édité scientifiquement plusieurs ouvrages dans cette discipline comme la muqaddima d’ibn al-Salâh ou le Irshâd de l’imam al-Nawawî. Il a contribué également dans le Bayân prophétique via son ouvrage « Fî dhilâl al-hadîth al-nabawî ».
– Il a édité plusieurs ouvrages de hadith de référence notamment le ᶜilal d’al-Tirmidhî de l’imam Ibn Rajab.

Toute louage est insuffisante pour décrire ton rang.
Qu’Allah élève ton degré, te réunis avec tes bienaimés parmi tes shuyûkh et maîtres et nous réunis avec toi dans ce chemin sans aucune altération ni modification ni trahison de notre rôle et message.

Amin Amin,

Innâ lillâh wa-innâ ilayhi râjiᶜûn

Ce matin du jeudi 1er Muharram 1442H, shaykh Husyan Ahmad al-Muhammad connu sous le nom « al-Shaykh Husayn al-Ahmad » est décédé à Alep à l’âge de 68 ans (1952-2020), suite à sa contraction du COVID-19.

Il est né dans le village Maqtaᶜ al-Hajar dans la région de Manbij et grandit dans le quartier al-Maysir, à Alep. En 1965, il rejoignit la célèbre école Dâr Nahdat al-ᶜulûm al-Sharᶜiyya bi-Halab, connue sous le nom d’al-Madrasa al-Kiltâwiyya. C’était alors la deuxième année scolaire depuis son ouverture, et son fondateur l’imam Muhammad bin Ahmad al-Nabahân était alors en vie.

Son inscription à la Kiltâwiyya est particulière, c’est ainsi qu’il la raconte :

En 1965, mon beau-frère Muhammad ᶜAlî al-ᶜÎssa vint chez nous alors qu’il allait inscrire son frère Muhammad Mahrûs à la Kiltâwiyya. Il m’invita à m’y inscrire en même temps que son frère. Je suis donc parti avec lui. J’ai inscrit mon nom et ai reçu la date de l’examen d’entrée écrit. À ce moment-là, ma mère s’opposa [à cela] et influença mon père. Leur coalition constitua une opposition farouche à l’encontre de ce projet. Le jour de l’examen, je me suis enfui de la maison et je me rendis à pied à la Kiltâwiyya où je passai l’examen. Puis, nous fûmes informés de la date de l’examen oral au cours duquel les tuteurs des étudiants devaient être présents. Comme la fois précédente, je m’enfuis de la maison afin d’assister à l’entretien oral. Cette fois-ci, mon père me suivit afin de m’interdire de m’y inscrire. Quand mon nom fut annoncé, j’entrai dans la salle d’entretien en compagnie de mon père. Notre maître, l’imam, le Qutb Muhammad al-Nabahân était assis et à ses côtés se trouvaient shaykh Muhammad Adîb Hassûn et shaykh Mahmûd Fajâl. Notre maître demanda à mon père : « Acceptez-vous que votre fils s’inscrive dans notre école ? » Mon père répondit : « Non mon shaykh ! Je ne suis pas d’accord. » (dans un dialecte d’Alep). Il lui répondit : « Pourquoi ? »  Mon père dit : « Je suis un homme âgé et mon fils m’aide dans les dépenses du foyer. »

Quand j’entendis cela, mes larmes se mirent à couler par crainte de ne pas être admis.

Le Shaykh Mahmûd al-Fajâl dit : « Sidi, regarde l’enfant pleure. » A cet instant, je ne pus retenir mes larmes et je fondis en larmes. Notre maître orienta alors son cœur vers mon père (tawajjuh) qui accepta et dit : « Sidi, je suis d’accord mais sa mère ne l’est pas et elle va me faire mal à la tête ; je ne peux pas la convaincre. »

Notre maître lui dit : « Demande-lui de venir me parler. » Puis, il s’adressa à moi en me disant : « Tu es admis. » Je sortis en me réjouissant et sentant que je possédais le monde. Mon père retourna à la maison et je restai à la Kiltâwiyya, avec les étudiants admis. Cette nuit-là, je dormis à l’école, me sentant au paradis.

Le lendemain, ma mère vint dans l’intention de me récupérer. Le shaykh Muhammad Adîb Hassûn alla lui parler pour la convaincre mais il n’y parvint pas. D’autres shuyûkh essayèrent, sans succès. Puis, notre maître sortit pour lui parler. Il lui dit : « Pourquoi ne veux-tu pas que ton fils étudie ? » Elle répondit : « Son père est un vieil homme et mon fils travaille pour nous. » Notre shaykh lui dit : « Combien gagne-t-il par jour ?» Elle répondit : « Il gagne une ou deux livres par jour. » Il lui dit : « Laisse-le et je te donnerai cent livres par mois. » Il lui remit alors la somme de cent livres. Elle dit : « Son père est malade. » Mais le shaykh lui dit : « Envoie-le moi, je vais l’envoyer à un médecin compétent et lui faire porter les médicaments. » Ainsi, ma mère demanda à mon père de revenir chez notre maître, qu’Allâh l’agrée, qui l’envoya chez un médecin et lui paya ses médicaments.

C’est pourquoi je considérai et je considère toujours que mon maître et bien-aimé m’a acheté à mes parents.

Ma mère vint chaque mois chez sidi al-Nabahân prendre de lui la somme de cent livres et ce, pendant trois mois ou plus. Mon frère aîné n’était pas d’accord avec cela et réussit à convaincre ma mère de ne plus rien prendre de notre maître.

(Cette histoire est extraite du site des ahbâb al-Kiltâwiyya sur lequel le shaykh la cite personnellement)

Parmi ses shuyûkh à la Kiltâwiyya : shaykh Muhammad Nadhîr al-Arîhâwî (d.2019) ; shaykh Rajab al-Hîb qu’Allâh le préserve ; shaykh Mahmûd Fujâl (d. 2015) ; shaykh Sâlih al-Mâriᶜî (d. 2020) ; shaykh Muhammad Adîb Hassûn (d. 2008) ; shaykh Muhammad Lutfî (d. 1974) et shaykh ᶜAbd al-Rahîm al-Hût (d. 1992).

En 1970, à la fin de la 5e année, il n’y avait que peu d’étudiants dans sa classe. L’imam al-Nabahân leur demanda donc de s’inscrire dans l’école al-Shaᶜbâniyya à Alep, gérée par l’éminent savant et Muhaddith, le Sirâj ᶜAbdullah Sirâj al-Dîn (d. 2002). Ainsi, il étudia auprès des professeurs de cette école comme shaykh ᶜAbdullah Sirâj al-Dîn, shaykh Ahmad Qallâsh (d. 2008), shaykh ᶜAbdurrahmân Zayn al-ᶜÂbidîn al-Kurdî al-Antâkî (d.1990) et shaykh muhaddith Nûr al-Dîn ᶜItr qu’Allâh le préserve.

Puis le shaykh termina ses études à al-Azhar où il obtint son diplôme en 1976. Il travailla comme imam et khatîb dans la mosquée al-Salâm de la région al-Tabaqa et dans la mosquée Muhîd al-Dîn dans le quartier al-Muyassir à Alep. Il enseigna également au sein de l’enseignement national dans différentes écoles jusqu’à 2007, année de sa démission après 30 ans d’exercice.

En 1995, il revint à la Kiltâwiyya mais cette fois en tant que professeur de fiqh shâfiᶜî et de tafsîr (exégèse).

Il travailla avec son professeur shaykh Muhammad Nadhîr Hâmid (d. 2019) sur son projet grandiose dédié au Coran. Il participa avec lui à la section concernant les relations entre les sourates du Saint Coran et l’analyse grammaticale (iᶜrâb) des versets.

Qu’Allâh lui accorde Sa Miséricorde.

Photo : Shaykh Husyan al-Ahmad à droite et son professeur, shaykh Sâlih al-Mâriᶜî à gauche, qu’Allâh leur accorde Sa Miséricorde.

Le Prophète (ﷺ) a envoyé Khâlid bin al-Walîd à quelques tribus arabes afin de les appeler à l’Islâm. Les arabes lui dirent : « Décris-nous Muhammad ». Il répondit : « Brièvement ou en détail ? » Ils dirent : « Brièvement ».

Ainsi, Khâlid bin al-Walîd dit : « Il est le Messager d’Allâh, et le messager est à la hauteur de celui qui l’envoie ».

Fondement juridique de la transformation d’Aya Sofia (Sainte Sophie) en mosquée

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Tout le monde parle de l’affaire d’Aya Sofia mais qu’en est-il du fondement de cette affaire ? Il est fréquemment répété que le Sultan Muhammad II (al-Fâtih ou en turc Fatih Sultan Mehmet) a transformé l’église Aya Sofia en mosquée. Mais qu’en est-il réellement ?

Il ne fait aucun doute que le Sultan Muhammad II était un génie dans cette affaire. Il a bien veillé à ce que l’opération ne soit pas dépendante de sa qualité de Sultan ou de l’État Ottoman. En fait, le processus qui a eu lieu est inédit dans l’histoire parce qu’il a proposé l’achat de l’église au patriarcat orthodoxe de Constantinople, acquisition qui devait se réaliser en son nom propre et grâce à ses propres deniers.

Cette somme d’argent n’était ni celle du Sultanat, ni celle du Bayt al-mâl (Trésor Public). Ainsi, le contrat de cession fut conclu à titre personnel. Cet accord a bien été enregistré en tant que contrat de vente. De même, le prix a été payé en plusieurs fois, ce qui est prouvé par des récépissés. A la suite de l’acquisition, le Sultan a constitué un Waqf (fondation charitable de droit musulman) et a légué sa nouvelle propriété à celui-ci. Ce transfert de propriété est aussi documenté par un acte notarial. Au moment de la constitution des Registres Fonciers (Tâbû), ce bien immobilier fut enregistré en tant que propriété exclusive du Waqf du Muhammad al-Fâtih.

C’est ainsi que lorsque le dossier fut étudié, l’enquête a recensé 27 000 documents historiques. Les chercheurs ont trouvé dans ces dossiers le titre de propriété originel (sanad tâbû) précisant le propriétaire de l’immeuble qui n’est autre que le waqf mis en place par le Sultan.

C’est en 1934 que Mustapha Kemal a transformé cette belle mosquée en musée après la dislocation de l’Empire Ottoman et pour des raisons de complaisance avec les occidentaux.

En revanche, l’Histoire frappe à nouveau à la porte d’Aya Sofia. En effet, un représentant du Waqf a déposé une requête auprès du Conseil d’état turc (Danistay) aux fins de restitution du bien transformé par l’État. Le fondement juridique de la requête repose sur la preuve du titre de propriété de cet édifice qui est la propriété de la fondation (du waqf) et non de l’État turc qui n’avait donc pas le droit de transformer sa destination.
Les documents ci-joint en attestent la véracité.

Par une décision du 10 juillet 2020 (aujourd’hui), la 10e chambre du Conseil d’État a annulé la décision du conseil des ministres du 24 novembre 1934 qui a avait imposé la transformation de la mosquée en musée. Le Conseil d’État s’est fondé sur le titre de propriété du Fatih Sultan Mehmet Vakfi selon lequel cet édifice est destiné à servir de mosquée et ouvert au public. Selon le Conseil d’État, cette clause de destination en mosquée est imprescriptible et ne peut souffrir d’aucune modification. C’est donc une application fidèle du droit des waqf par la plus haute juridiction administrative turque.

Enfin, toute cette affaire n’a aucune relation avec le gouvernement turc. En effet ce n’est pas ce dernier qui a introduit l’affaire auprès du Conseil d’état. Cependant, Monsieur Erdogan n’a pas hésité une seule seconde à apporter son soutien au retour au lieu de culte de cet édifice, et ce, pour gagner encore plus en popularité. Cela a aboutit à politiser cette affaire.

La Turquie est un pays disposant des institutions judiciaires. Le Conseil d’état est le même qui a annulé les décisions du gouvernement en ce qui concerne la censure de Wikipedia et de certains réseaux sociaux. Il est le même qui a annulé à mainte reprise les décisions illégales du gouvernement.

Quant à la transformation des lieux sacrés des non-musulmans en mosquées, le patriarche arménien d’Istanbul a répondu clairement à ce sujet en disant que Aya Sofia était une mosquée et elle le redeviendrai. Le musulman n’a pas à s’opposer à la réouverture actuelle de la mosquée Aya Sofia car ce n’est pas une transformation dune église en une mosquée mais dune musée en une mosquée. Aucun texte législatif islamique n’interdit de changer la musée en mosquée.

Quelle sagesse faut-il tirer de cette affaire étant donné que cet édifice qui est censé être le temple de la Sainte Sagesse ?

Décès de l’éminent savant shafiᶜite Aḥmad bin ᶜAbdallah al-Dûghân, un des sommités de l’école shafiite à al-Aḥsâ’ (région en Arabie Saoudite). Il a enseigné le Coran, la grammaire, le fiqh shâfiᶜite, le fiqh de l’héritage … Il était un grand éducateur et a élevé toute une génération. Il est sans doute le rénovateur de l’enseignement du madhab shâfiᶜite dans cette région. Sa biographie fût publiée dans un ouvrage.

Qu’Allah lui accorde Sa Miséricorde.